La critique de l’ordre traditionnel par les Lumières

Des critiques à la remise en cause de l’ordre traditionnel par les Lumières

Introduction : La remise en cause de l’absolutisme monarchique c’est la conséquence d’une mutation des mentalités, c’est ce que certains ont appelé la lente conspiration des âges au lendemain de la Révolution. Tous les fondements au pouvoir royal sont balayés par de nouveaux fondements. La notion linéaire du temps par Copernic permet d’entrer dans la pensée occidentale, la notion de progrès qui n’est pas atemporelle. Si la monarchie de droit divin s’effondre c’est parce que ses fondements ont changé, ça n’était pas inéluctable : la remise en cause de l’absolutisme monarchique n’est pas la cause de la Révolution mais est l’origine de certains changements.

Les Lumières c’est un mouvement de pensée complexe qui contient une réflexion politique, juridique, sociale, sociologique, anthropologique etc. Les Lumières viennent logiquement avec des contre-lumières. C’est à dire que si quelqu’un projette quelque chose de nouveau dans la pensée, il y aura des gens qui vont projeter une réaction pour éviter la nouveauté.

C’est de qui va permettre de changer les titulaires des droits. Progressivement, on a cru que le Roi représentait la nation et tout à coup on pense que c’est le peuple qui représente la nation. Mais le fait d’avoir contesté le pouvoir du Roi, va permettre de détacher le Roi de la Nation et du coup, les députés du tiers État en 1789 vont représenter la nation.

Jusqu’en 1789, on pense que les titulaires des droits ce sont les communautés, les groupes d’individus puis car on a pendant 100 ans des gens qui attribuent les droits et libertés non pas à des communautés et à des groupes mais à des individus parce qu’ils sont nés on va permettre la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Paragraphe 1 : l’esprit des Lumières

Cosmologie = vision du monde.

=> L’individualisme.

Les Lumières placent l’Homme au cœur de leurs réflexions, c’est l’Homme qui devient le sujet des droits par rapport à la société et par rapport à Dieu. Depuis la chrétienté, la vision du monde était centrée sur la figure de Dieu et la volonté divine. Puis, sous l’Ancien Régime et début de l’époque moderne, sur le coup d’une laïcisation de la pensée politique on a crée un espace pour la société. Puis apparaît l’individu, c’est lui qui fait la société. Le sujet, l’atome, l’unité n’existe pas en tant qu’élément d’une société, mais la société existe en tant qu’ensemble des éléments. C’est au regard de l’Homme que l’on définit comment doit être la société.

Du coup, le sujet des droits et des droits naturels c’est l’Homme d’où la possibilité de penser une société qui devra servir aux finalités de l’Homme, de l’individu et non plus l’individu soumis aux finalités de la société.

Exemple de ces premiers mouvements : auteurs des droits naturels, Grotius avec Pufendorf attribuent les droits de la nature à l’individu. En faisant cela, on rompt avec l’idée aristotélicienne selon laquelle l’état naturel de l’homme, c’est la société. Et ainsi on fera de la société non pas l’état naturel de l’homme mais la construction faite par l’homme d’où la possibilité de développer le contrat social.

Autre élément fondamental : la raison. Suprême faculté de l’Homme, la raison est ce qui permet de comprendre le monde. La raison en tant que telle implique d’abord de recenser les connaissances d’où la pensée encyclopédique d’où les encyclopédies d’où celle dirigée par Diderot et D’Alembert, car en connaissant le monde on pourra le configurer selon nos intérêts.

Cette raison conduit à une autre pensée qui est l’utilitarisme. Il n’y a pas de finalité sacrée à la société mais on pense en fonction de ce qui est utile. Du coup, on peut émettre une pensée relative par opposition à une pensée dogmatique = lorsque ce que l’on affirme est vrai, et le contraire est faux. Ainsi il peut y avoir une pluralité de penser.

=> Tolérance religieuse de Voltaire « Non il n’est pas logique, il n’est pas admissible que l’État punisse le blasphème » c’est l’affaire Calas.

=> Cosmopolitisme

L’individu appartient au genre humain => formation d’une République des lettres c’est à dire que les philosophes des Lumières ont formé des réseaux pour discuter de telle ou telle question c’est ainsi que l’un des premiers textes politiques de Rousseau, discours sur les inégalités parmi les hommes répond à une question. → Cela fait naître la notion d’espace publique

=> Le Roi avait, avec la construction de l’absolutisme a développé la notion de secret d’État avec la notion de secret d’État, les affaires politiques ne concernent qu’un cercle très restreint, ceux qui exercent le pouvoir, le Roi et son petit entourage de conseillers, et les autres ceux qui n’ont pas accès à l’horizon d’État n’ont pas à discuter de ce qui se passe.

La république des lettres fondées sur un principe cosmopolite dit que les affaires de France ne concernent que le Roi de France, les affaires d’Autriche ne concernent que l’Empereur d’Autriche, mais les affaires du genre d’humain concernent tous ceux pourvus d’une raison => propriété, économie politique, contrat social.

Cette notion d’espace publique émerge contre ou remettant en cause le caractère réservé du politique dans le cadre du développement de la raison d’État et du secret d’État. Sans l’existence de cet espace publique on ne peut pas comprendre pourquoi tout à coup en 1789, tout le monde va avoir quelque chose à dire, et sans cet espace publique on ne peut pas comprendre comment les cahiers de doléance rédigés par les Etats généraux soient globalement tous orientés vers le même type de réformes avec le même type de solutions => il y a une effervescence intellectuelle.

Les ambiguïtés des Lumières : elles sont loin de proposer un projet uniforme. Propos de Rousseau =/= ceux de Voltaire =/= Diderot =/= Kant, en Allemagne.

Ils ne proposent pas un projet commun mais une effervescence commune.

Certains auteurs seront des purs théoriciens.

Le projet politique de Voltaire : despotisme éclairé.

Quelle relation entre les Lumières et la Révolution ?

Dès 1790, 1791, on parle d’un complot des philosophes, des francs-maçons.

La RF a été un événement incompréhensible pour les contemporains et dès qu’on ne comprend pas, le complot est une explication romanesque, facile et ça permet d’identifier des ennemis mais surtout en contexte de crise.

La Révolution a voulu se donner des pères intellectuels, on considérait que les philosophes étaient responsables.

La plupart des philosophes ne voulait pas de Révolution et ceux qui l’ont connu l’ont globalement désapprouvé. En réalité, des facteurs complexes amènent à la crise, ces développements n’étaient pas prévisibles, et si les philosophes ont ouvert les débats ils ne les ont pas dirigés.

Paragraphe 2 : la doctrine de la séparation des pouvoirs

Le principe de la « séparation des pouvoirs » pour laquelle Montesquieu est connu est plus complexe que cela. La séparation des pouvoirs n’est pas une simple organisation organique de l’État mais c’est un dispositif dont la finalité qui est de limiter le pouvoir pour préserver la liberté des individus. La séparation des pouvoirs est donc avant tout un moyen, un instrument au service d’une philosophie libérale => philosophie individualiste qui donne à la société pour finalité la préservation des droits individuels.

Montesquieu s’inspire d’abord d’un philosophe anglais, John Locke qui est le théoricien de la glorieuse révolution de 1688. Ce dernier disait que l’Homme qui dispose de droits et libertés à l’état de nature rentre en société pour trouver des organes qui lui permettront de garantir ses droits et libertés, et ainsi si la société ne garantie pas les libertés individuelles elle ne remplit pas son but.

La tendance du pouvoir est d’aller en s’augmentant, il convient d’agencer l’État et la société de façon à ce que le pouvoir soit arrêté, ne puisse pas aller crescendo. Et Montesquieu pense la séparation des pouvoirs et imagine que l’on va distribuer à des organes différents les trois pouvoirs de l’État. Le pouvoir de commander, le pouvoir de vouloir, le pouvoir de juger.

Pour Montesquieu il faut qu’aucun organe ne dispose complètement de tout un pouvoir ce qui implique que les pouvoirs soient distribués entre plusieurs organes : pouvoir législatif à une assemblée qui prépare la loi, et un autre organe, le Chef de l’État qui promulgue la loi. L’un modère l’autre.

L’objectif est d’éviter le caractère crescendo du pouvoir : il faut, dit Montesquieu, que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.

Puisque le pouvoir exécutif n’est que l’exécution de la loi, l’exécutif ne peut rien faire tout seul.

La théorie des séparations des pouvoirs est contraire à la monarchie absolue, au principe monarchique puisque en réalité, dans une monarchie il n’y a qu’un organe qui a le pouvoir : le Roi.

Donc, tout ce qui a conduit à la construction d’un pouvoir royal depuis le XIIIe siècle est remis en cause par cette vision du pouvoir. Jusqu’alors on faisait confiance au Roi parce que le Roi était le Père aimant, au service du bien public et le Roi ne pouvait pas vouloir le malheur de ses sujets. Ce que Montesquieu dit, c’est que ce fondement là en réalité est faux, ne fonctionne pas car en réalité le Roi dispose d’un pouvoir qui ne peut pas être arrêté, la conscience du Roi, le sens du devoir royal n’est pas suffisante pour arrêter le pouvoir. Du coup, aux limites morales qui s’opposaient au pouvoir royal, Montesquieu oppose un autre schéma de pensée dans lequel il y a des limites qui sont des contre-pouvoirs d’où le développement postérieur. Dans la logique de la monarchie française, le Parlement est un Conseil du Roi et lorsqu’il fait une remontrance au Roi c’est la remontrance d’un conseiller c’est à dire que le Roi écoute un conseil technique mais cela ne remet pas en cause le fait que le Roi décide seul.
Avec les doctrines de Montesquieu goulûment reprise par les parlementaires, cela va mener à la théorie que le Parlement est un contre-pouvoir du Roi qui partage avec lui le pouvoir législatif.

Paragraphe 3 : l’émergence d’un modèle démocratique, la dissociation entre république, et monarchie.

Qu’appelle-t-on République ? Qu’appelle-t-on monarchie ?

Lorsqu’on parle de monarchie on renvoie au pouvoir du monarque, lorsqu’on parle de République, on parle du bien commun, de la « res publica ».

On ne parle pas des sources du pouvoir, on parle des finalités du pouvoir. Le premier des Républicains en France, c’est le Roi puisque le Roi a traditionnellement la garde du bien commun. Le Roi fait émerger l’État. « L’État c’est la République » (Bodin)

Ainsi ces trois concepts sont étroitement liés à l’époque moderne.

Dès lors que l’on commence à expliquer que l’individu à l’état de nature, l’individu doté de raison est celui qui forme la société, très logiquement, on peut imaginer que les individus sont capables de comprendre ce qui est le bien commun et donc la définition du bien commun peut venir de la communauté. La communauté est capable de définir ce qu’est le bien commun et sur cette nouvelle anthropologie individualiste que l’on peut dégager la théorie du contrat social.

Loin d’être le premier, Rousseau, citoyen de Genève, publie «Du contrat social».

Cet ouvrage est révélateur d’un courant : Rousseau introduit une véritable rupture.

Puisque Rousseau dit « les individus à l’état de nature décident de former une unité par le biais d’un contrat social. Comme chacun des individus est membre de l’unité, ce que décide l’unité, c’est ce que décide l’individu. Donc l’unité (= la société, le contrat social) ne peut pas aller à l’encontre des membres qui la composent. »

Et Rousseau croit que la volonté générale exprimée par le biais du contrat social et en soi protectrice des chacun des membres du contrat, donc les associés peuvent pleinement confier tous leurs droits et libertés à la société. En faisant cela, où est le Roi ?

Il n’y a plus aucune justification au Roi. C’est l’ensemble de la communauté qui définit le bien commun et qui garantit les droits et libertés de chacun de ses membres.

Il ne s’agit même pas de la légitimité du Roi, c’est à dire de ce qui l’autorise à agir, il s’agit de l’utilité du Roi. Ou alors s’il est utile ce n’est que comme magistrat de la République, et dans ce cas il n’est rien par lui même, il n’est qu’un individu au service de quelque chose de bien plus grand qui est la République.