De l’Empire à la commune de Paris (1871)

De l’Empire à la commune de Paris 

Rappel chronologique

    • De 1789 à 1870 : le temps des expériences politiques et parlementaires 
    • 1789-1804 : la Révolution et l’invention de la République.
      • 1789-1792 : la Révolution française, une révolution libérale.
      • 1792-1804 : de la radicalisation républicaine au Consulat.
    • 1789-1848 : du citoyen à l’électeur.
      • 1789-1848 : la domination du suffrage censitaire.
      • 1848 : la victoire incontestée du suffrage universel ?
    • De l’Empire à la commune de Paris (1871).
      • La Commune de Paris : du pouvoir sans le Peuple au pouvoir par le Peuple.
      • La Commune comme expérimentation politique.

 

1848-1871 : 

  • En 1848, la monarchie est renversée et cède la place à la IInde République.
  • En 1852, Louis-Napoléon Bonaparte proclame le IInd Empire (et devient Napoléon III).
  • Celui-ci s’effondre en 1870, année de proclamation d’une nouvelle République (la IIIe), dont l’instabilité peut ouvrir la voie à la république sociale, à la fédération des communes telle que l’incarne la Commune de Paris au printemps 1871, ou plus sûrement à la restauration de la monarchie. Ce n’est que dans le dernier quart du XIXe siècle que se stabilise la IIIe République.

Commune de Paris : expression utilisée pour différents évènements. Entre 1792 et 93 on parlera aussi de commune de Paris. Elle souligne les différentes tentatives du peuple parisien de se saisir du pouvoir politique. Mais concrètement c’est ce qui se passe en 1871, en tant que basculement vers la 3ème République. 

Il faut souligner l’instabilité des formes de régime au cours du 19ème, qui renvoi à l’absence de consensus autour de la définition d’un gouvernement légitime. 

Schématiquement on peut résumer la vie politique française à une succession de conflits entre différents types d’élites sociales et on voit de façon ponctuelle l’irruption du peuple. Dominent cependant les élites diverses. Noblesse et clergé resteront attachés à la société de l’ancien régime et cet attachement va courir pendant de nombreuses années. Les régimes successifs seront des tentatives de synthèse entre l’ancien régime et les avancées révolutionnaires. 

Finalement ce sont les couches les moins favorisées de la bourgeoisie, petits commerçants et artisans, qui s’identifieront à la république et au suffrage universel. Il faudra attendre longtemps pour que d’autres parties de la société s’y identifient aussi. 

La commune bouleversera les repères politiques et permettra d’entrevoir une autre manière d’intégrer le peuple à la décision politique. 

  • La Commune de Paris : du pouvoir sans le Peuple au pouvoir par le Peuple.

L’épisode de la Commune est souvent très peu enseigné, peut-être parce que la Commune est restreinte d’un point de vue temporel. La commune confirme cependant la présence d’une nouvelle force politique et sociale, qu’est le mouvement ouvrier. Ce mouvement entend défendre des intérêts particuliers et est porteur de l’idée que la politique doit abolir la séparation entre professionnels de la politique et les profanes. 

La commune de Paris entend mettre en place un régime particulier, qui doit se distinguer de l’état bureaucratique (Max Weber : économie et société). Cet épisode va être au fondement de l’enracinement paradoxal de la 3ème république, alors même qu’au début elle vient la percuter. 

Napoléon III dans une logique d’expansion impériale se heurte à la Prusse et en 1870 il capitule à Sedan. L’empire s’effondre alors qu’il s’était engagé dans un processus de libéralisation qui devait le renforcer. 

Le 04/09/1870 la république est proclamée. Un gouvernement de défense nationale se met en place afin de repousser les troupes prussiennes. La tentative échoue et le 05/01/1871, Paris sera sous le feu de l’artillerie prussienne, et, dans le même temps, les parisiens soupçonnent le gouvernement en place de trahison. Bismarck accordera un armistice de 21 jours, à condition que soit élue une assemblée nationale (il espère ainsi signer un traité de paix) et à condition que les prussiens puissent occuper un certain nombre de points stratégiques. C’est une situation d’ingérence, et le régime est conditionné au bon vouloir d’une puissance oppressante. 

Le 08/02/1871, des élections ont lieu, elles donneront une majorité confortable aux monarchistes qui conquièrent 400 des 675 sièges. L’assemblée se réunit à Bordeaux sous la présidence d’Adolphe Thiers, elle va choisir de s’installer à Versailles et déserte ainsi la capitale la laissant aux mains des parisiens ce qui provoque la colère des habitants qui se souviennent que Versailles renvoie à un type de régime peu républicain. 

Pendant que sont préparées les conditions de la paix à Versailles, le peuple s’organise, il crée la garde nationale (milice) qui fait régner l’ordre et organise des élections, c’est comme une prise de pouvoir. Des élections municipales sont ainsi organisées. Le 18 mars, Thiers au nom de la paix avec la Prusse, tentera de récupérer les canons laissés sur la colline de Montmartre, cependant l’armée va fraterniser avec la population. Thiers décide de laisser la capitale aux insurgés, car il est dans l’attente de l’écrasement de cette révolte du fait que Bismarck a autorisé le gouvernement à augmenter les effectifs de l’armée française. 

Les semaines suivantes, après une tentative de sortie de Paris par les troupes de la commune, Paris sera bombardé entre le 21 et 28 mai1871 par les Versaillais. Cette semaine sanglante comptera 25.000 morts et plus de 10.000 condamnations seront prononcées contre les communards, elles se traduiront en déportation vers le bagne (Louise Michel en fera partie, déportée en Nouvelle Calédonie). 

  • La Commune comme expérimentation politique.

72 jours, c’est le temps que durera la Commune, mais pendant ce court laps de temps, une nouvelle forme de pouvoir politique est mise en place à Paris et trouvera un soutien dans d’autres centres urbains de province, notamment, Lyon, Marseille, Toulouse où sont aussi proclamées des communes indépendantes. La commune est ainsi l’unité de base de la nation, qui en tant qu’unité se constitue comme fédération de communes autonomes, librement associées, et qui remettent en cause l’état comme unité politique centralisée. Les communards seront ainsi appelés « les fédérés ». Ce projet de régime se fonde sur un principe de souveraineté populaire, qui défend le principe fédéraliste défendu par Joseph Proudhon. 

Ouvrier et démocrates se retrouvent autour d’un type de régime imaginé en 1793 par les sans culottes, une sorte de démocratie en action, fondée sur l’effervescence citoyenne. Il y a ici l’idée d’une politisation populaire qui passe par la multiplication de clubs et de sociétés politiques. Se mettent en place des modes de fonctionnement auto gestionnaire. L’accès à la Commune de Paris est ouvert aux étrangers, c’est une vision internationaliste, c’est dans ce contexte que Eugène Pottier écrira L’Internationale, hymne révolutionnaire. 

Au lieu de faire de la politique une sphère à part, qui serait le fait de professionnels, la Commune dit qu’elle trouve sa place dans les différents aspects de la vie sociale. C’est une définition qui entend instaurer l’idée d’un gouvernement du peuple par le peuple. Elle souligne que les formes prises par l’activité politique ne sont pas le fruit d’une fatalité, mais d’un rapport de force dans lequel tout est lié aux formes de domination sociales. C’est un contexte de délégitimisation de l’empire et du gouvernement républicain. 

La commune est aussi un élément urbain. Depuis 1789 il y a une forte politisation des éléments urbains et surtout de la capitale, liée à l’expansion de la presse, et des sociétés politiques, qui facilitent la diffusion des idées. 

Les révolutions qu’a connues la France, sont toutes des phénomènes urbains. Avec la commune et sa chute, le décalage profond entre Paris et la Province perdure (les élites traditionnelles tiennent toujours leur peuple). 

Bibliographie 

  •      Michel Biard, Pascal Dupuy, La Révolution française : dynamiques, influences, débats, 1787-1804, Paris, A. Colin, 2004.
  •      « La conquête du vote », in Frédéric Lambert, Sandrine Lefranc, 50 fiches pour comprendre la science politique, Paris, Bréal, 2003, pp. 66-69.
  •      « L’héritage de la Révolution française », in Frédéric Lambert, Sandrine Lefranc, 50 fiches pour comprendre la science politique, Paris, Bréal, 2003, pp. 102-105.
  •      Alain Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français sont devenus électeurs, Paris, Presses de la FNSP, 1993.
  •      Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage universel en France : 1848-2000, Paris, Éditions du Seuil, 2002.
  •      Michel Offerlé, Un homme, une voix ? : histoire du suffrage universel, Paris, Gallimard, 2002.
  •      Mona Ozouf, L’homme régénéré. Essais sur la Révolution française, Paris, Gallimard, 1989.
  •      Jacques Rougerie, La Commune de 1871, Paris, Presses universitaires de France, 2009, collection ‘Que sais-je ?’
  •      Orthographes de noms propres mobilisés dans la séance et citations :
  •     Alexis de Tocqueville (1805-1859) − Girondins (ou Brissotins) / Montagnards − Maximilien de Robespierre (1758-1794) − Jean-Paul Marat (1743-1793)
  •      Nicolas Edme Restif de la Bretonne (1734-1806) : le peuple est « une espèce de gros animal, privé d’yeux, d’oreilles, de goût et de sentiment, qui n’existe que par le tact et qu’on ne conduit que par ce cinquième sens : c’est une masse d’individus à qui on persuade ce qu’on veut ; qui n’a de volonté que celle d’autrui ; qui pense ce qu’on lui fait penser pour son bien, contre son bien n’importe ».
  •      Emmanuel-Joseph Sieyés (abbé Sieyès) (1748-1836)
  •      Alain Garrigou (Histoire sociale du suffrage universel en France : 1848-2000, édition revue et augmentée de Le vote et la vertu, Paris, Seuil Points, 2002) : « Le gouvernement provisoire l’a adopté face aux menaces populaires qui s’exprimaient de la manière la plus concrète par la présence des insurgés en armes dans l’Hôtel de Ville. Quand Lamartine (le poète, qui a aussi été un homme politique important du XIXe siècle) annonçait, le 25 février 1848, dans la salle Saint-Jean la prochaine adoption du suffrage universel, il tentait de calmer la foule qui mettait sa vie et celle de chaque membre du gouvernement en danger ».
  •      Otto von Bismarck (1815-1898) − Adolphe Thiers (1797-1877) − Louise Michel (1830-1905) − Eugène Pottier (1816-1887).

Orthographes de noms propres mobilisés dans la séance et citations : 

  •     Alexis de Tocqueville (1805-1859) − Girondins (ou Brissotins) / Montagnards − Maximilien de Robespierre (1758-1794) − Jean-Paul Marat (1743-1793)
  •      Nicolas Edme Restif de la Bretonne (1734-1806) : le peuple est « une espèce de gros animal, privé d’yeux, d’oreilles, de goût et de sentiment, qui n’existe que par le tact et qu’on ne conduit que par ce cinquième sens : c’est une masse d’individus à qui on persuade ce qu’on veut ; qui n’a de volonté que celle d’autrui ; qui pense ce qu’on lui fait penser pour son bien, contre son bien n’importe ».
  •      Emmanuel-Joseph Sieyés (abbé Sieyès) (1748-1836)
  •      Alain Garrigou (Histoire sociale du suffrage universel en France : 1848-2000, édition revue et augmentée de Le vote et la vertu, Paris, Seuil Points, 2002) : « Le gouvernement provisoire l’a adopté face aux menaces populaires qui s’exprimaient de la manière la plus concrète par la présence des insurgés en armes dans l’Hôtel de Ville. Quand Lamartine (le poète, qui a aussi été un homme politique important du XIXe siècle) annonçait, le 25 février 1848, dans la salle Saint-Jean la prochaine adoption du suffrage universel, il tentait de calmer la foule qui mettait sa vie et celle de chaque membre du gouvernement en danger ».
  • Otto von Bismarck (1815-1898) − Adolphe Thiers (1797-1877) − Louise Michel (1830-1905) − Eugène Pottier (1816-1887).

  

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