Karl Popper, ses idées

Karl Popper et « la société ouverte et ses ennemis »

 

Il est né en 1902 à Viennes et se réfugie pendant la guerre et meurt en 1994. C’est un philosophe des sciences mais il se mêle aussi à la philosophie politique car en tant que réfugié il veut réfléchir sur le totalitarisme. Il publie Misères de l’historicisme et La société ouverte et ses ennemis en 1945.

 

Il est dans le camp libéral et il combat les trois ennemies de la société ouverte : Platon, Hegel et Marx. La thèse générale est qu’il n’y a pas de loi scientifique de l’histoire et il faut abandonner le fantasme d’une société libérée. C’est une illusion car il n’y a pas de maitrise de l’histoire. Ce fantasme d’une société parfaite et d’une maitrise de l’histoire sont les critères du totalitarisme selon Popper.

 

A travers de sa critique de Platon, il travers deux sociétés : la société close et la société ouverte. Il faut que les sociétés modernes acceptent d’être des sociétés ouvertes selon lui. Le totalitarisme est la tentative de revenir à un monde clos mais c’est une tentative mortelle et désastreuse selon lui. La thèse de Popper est que l’humanité a connu une immense révolution qui a commencé à préparer la sortie de la société close vers la société ouverte.

 

P1- La société close selon Popper

 

C’est la société magique ou tribale de l’origine alors que la société ouverte voit ses individus confrontés à des décisions personnelles. Dans la société tribale, c’est la société qui prend la décision. Pour distinguer les deux sociétés, le critère n’est pas seulement historique car dans certains cas des sociétés veulent revenir en arrière et donc redevenir des sociétés closes. La véritable distinction est de nature épistémologique et donc c’est le statut de la connaissance dans une société.

 

La société close a un caractère magique car elle ne fait pas de distinction entre les faits et les conventions sociales car tout est attribué à une volonté surnaturelle. Ce sont aussi des sociétés qui visent dans un caractère de coutume rigide, les changements sociaux sont chaque fois de véritables crises religieuses. Tout est d’origine religieuse et donc provoquer un changement devient un drame religieux. L’obéissance au tabou est quasi absolue, si quelqu’un les transgresse il est exclu de la société. Il n’y a donc pas d’hésitation et de discussion dans une telle société car tout est réglé d’avance et ne se discute pas.

 

C’est une société qui présente un caractère tribal ou organisiste. C’est la vision d’une société sous la forme d’un troupeau guidé par un pasteur. C’est donc l’idée que les éléments de la société sont totalement dépendants de l’ensemble et donc la société est perçue comme une organisme vivant qui fonctionne selon des règles immuables. La conséquence des sociétés organistes est que chacun a une fonction sociale assignée qui n’est pas contestable. C’est donc une société qui exclue toute lutte des classes. Il soutient que toute théorie organiste est presque toujours un retour déguisé par le tribalisme.

 

P2- Le passage de la société close à la société ouverte

 

Popper prend une série d’éléments pour expliquer ce passage. Il remonte à l’époque grecque alors que la plupart des penseurs pensent plutôt au siècle des Lumières.

 

Le premier élément est l’existence d’une rupture économique car Athènes représentait déjà une société ouverte car elle était ouverte au commerce maritime et l’échange qui culturellement produisent des effets dans une société. Ils sont sources de comparaison des mœurs et donc de relativisation de ces moeurs. Cette relativisation a un effet de début d’émancipation de l’individu. L’individualisme a développé la pensée et non l’égalitarisme. L’autarcie économique permet la volonté de domination car elle refuse l’échange et la mise en commun des produits. La société de Spartes ne peut pas grandir et contrôle étroitement sa démographie car elle ne veut pas compromettre l’unicité de la société.

 

Le second élément est la rupture philosophique. Le passage se fait par la libéralisation de la capacité de critique de l’homme. Cet esprit critique va conduire à l’aspect scientifique. On est passé de l’essentialisme au nominalisme sociologique et donc à un moment donné on est passé de la question du pourquoi à la question du comment. Les hommes ont donc compris qu’ils ne pouvaient répondre au pourquoi des choses mais au comment. Les sciences sociales sont en retard par rapport aux sciences exactes selon Popper car elles ont tenté de répondre au pourquoi pendant longtemps. Le moment crucial est en Grèce avec la distinction faite par les sophistes entre la nature et la convention. Les grecs ont découverte ainsi que les lois sont humaines et que donc les lois ne viennent pas des dieux mais sont conçues par les hommes. Popper retient que la décision morale ne découle d’aucun fait de la vie sociale ou de la vie naturelle car elle vient d’un choix posé par l’homme. On retrouve ce phénomène dans le dualisme entre les faits et les décisions. Cela veut dire qu’aucun énoncé de décision ne découle nécessairement de l’énoncé d’un fait. Il y a donc un dualisme critique qui a une conséquence concrète : les hommes doivent construire volontairement la morale et les valeurs. Popper nous explique donc que ce choix est artificiel par rapport à la nature car il ne s’impose pas. Cependant cela ne signifie pas qu’elles sont arbitraires du fait qu’elles sont faites par les hommes.

 

En conséquence, ce dualisme critiquer doit nous conduire à une chose : reconnaitre que nous somme seules responsables de nos décisions d’ordre moral. Aucune autorité ne peut nous en décharger. Il y a donc un choix individuel à faire à un moment donné.

 

P3- La société ouverte selon Popper

            A- La forme de la société

 

On peut l’associer à un vocabulaire d’origine libérale venant d’Adam Smith : la grande association. C’est donc la grande société de la division du travail.

 

La société ouverte est une société où les hommes sont les artisans de leur destin. Cela signifie deux choses pour Popper : il refuse une édification utopique de la société & il veut que l’on transpose la méthode scientifique aux phénomènes sociaux et donc il veut le réformisme, le pragmatisme et l’expérimentation sociale.

 

C’est une société dans laquelle l’individu est libéré des pesanteurs de la société traditionnelle. Il n’y a pas d’individualisme dans l’ancienne société. Popper dit que dans une société ouverte l’homme est libéré de tous les tabous pesant sur une société mais aussi il est bridé par des solidarités familiales. Ce sont donc des solidarités très fortes mais en contrepartie il n’y a pas d’individualisme.

 

Il continue en disant que dans la société ouverte il y a des liens spirituels qui sont aussi importants que les liens physiques. Il fait remarquer qu’à la base des théories économiques il y a des règles abstraites. Autre caractéristique, c’est une société démocratique. Seule la démocratie donne le cadre institutionnel nécessaire à une société ouverte car elle seule donne à la société la possibilité de se réformer sans violence c’est-à-dire utiliser la raison pour faire évoluer la société. Popper reprend la définition de la démocratie donnée par Périclès qui la définit pas seulement par le gouvernement du peuple pour le peuple car il ajoutait une dimension morale en disant que la démocratie est la foi en la Raison et dans une conception humaniste.

 

Popper critique Platon en disant que dans la question de savoir qui doit gouverner il y a un piège sémantique car la réponse est comprise dans la question : le ou les meilleur(s). Dans cette question, on débouche donc sur une souveraineté sans contrôle par le peuple. Socrate critique donc la démocratie. Pour critiquer la démocratie, Platon invoque le paradoxe de la liberté qui discrédite la démocratie. Son objection est de savoir quoi faire si le peuple ne veut pas gouverner et décide démocratiquement de se confier à un tyran. Pour lui, cette situation suffit à discréditer la démocratie, ce n’est pas un bon régime politique car il faut s’opposer à la majorité pour sauver la majorité, voilà la contradiction.

 

Popper répond en déplaçant la question. Il dit que ce paradoxe opposé par Platon se pose aussi de la même façon pour toutes les théories de la souveraineté. Il demande ce qui empêche le sage de décider qu’il abandonne sa royauté car la démocratie est meilleur. Popper ne se pose plus la question de la souveraineté et considère la démocratie sous l’angle du contrôle démocratique. Il ne faut donc pas fonder la démocratie sur le principe de majorité mais sur sa méfiance à l’égard de toute tyrannie et tout régime autoritaire. Il est donc plutôt libéral que démocrate ici.

 

La démocratie n’est pas le meilleur des régimes car elle donnerait les meilleurs au pouvoir. Le régime est meilleur car c’est une politique qui peut toujours être corrigée par des moyens non violents. Popper dit que la vraie distinction entre les gouvernements est simple : les gouvernements dont on peut se débarrasser sans violence (démocratie) & les gouvernements dont on ne peut se débarrasser que par la violence (tyrannie).

 

Du coup, il a une position pragmatique à l’égard de la démocratie : elle ne nous assure par le meilleur régime politique et donc on peut toujours la critiquer mais Popper répète que la démocratie est le seul moyen de corriger ses erreurs. Au contraire, dans la tyrannie, il n’est plus possible de se corriger avec le temps. On peut rapprocher cela des positions entomologiques de Popper qui dit que la démocratie, au lieu de faire confiance à des sages, préfère faire confiance à des procédures et institutions. Toute politique à long terme est nécessairement institutionnelle selon lui. Il fait remarquer au bénéfice de la démocratie qu’il y a une contribution entre le principe d’autorité et l’esprit critique. Le secret de la supériorité intellectuelle est l’esprit critique, ce qui fait qu’un régime autoritaire ne eut sélectionner que des gens médiocres du fait qu’ils sont soumis.

 

            B- Les contributions de la société

 

Il y a deux contributions dans la société ouverte :

 

  • La première est le rationalisme critique que Popper défend. Il citrique le rationalisme absolue donc dette confiance absolue dans la sciences qui signifie que l’on ne croit que ce qui est scientifiquement établi. Or, Popper considère que ce principe n’est pas tenable car il ne peut pas être vérifié par la même méthode. La vérité part donc d’une supposition non vérifiée. Le rationalisme critique accepte l’idée d’une affirmation à priori et qui donc ne peut être prouvée scientifiquement. L’affirmation à priori est un acte de foi dans la Raison qui ne se prouve pas.

 

Il en tire des conséquences philosophies. La première est qu’il opte en faveur de l’unité de la raison humaine. Cela veut dire qu’il y a toujours un langage commun possible entre les hommes. Les différences entre les hommes n’annulent pas le langage commun entre les hommes. D’ailleurs, les droits de l’homme sont devenus un langage commun. Aussi, il y a l’idée d’unité de l’humanité et ici Popper considère que le grand conflit entre la science et la raison est dépassé. Selon lui, la religion chrétienne est capable de s’adapter au monde moderne car la science ne les a pas fait disparaître. Par contre, il reste une option possible ente deux types de croyances selon lui : celui qui fait confiance à la Raison et l’individu & les convictions se donnant à la mystique politique. Cela reproduit deux choix différents : croire à l’unité de l’humanité & séparation d’ennemies et amis.

 

  • L’autre est le refus de l’historicisme. La thèse de Popper est de dire que l’histoire ne tend vers rien car elle ne va pas vers un but. Mais il est possible de lui attribuer des finalités. L’histoire n’a pas de sens mais du sens selon Merleau-Ponty. Popper dit que c’est aux hommes de choisir les buts de leur existence. Popper dit que l’historicisme est in manque de confiance dans notre Raison, c’est donc de l’idolâtrie. C’est donc une critique sévère de ce qui est fondamental à cette époque. Il considère que l’on a besoin d’espoir et non de certitudes.

 

            C- Les obligations de la société ouverte

 

Popper explique le totalitarisme un peu comme Constant en disant que c’est l’abandon de l’individualisme pour se soumettre à un chef. La volonté de retourner vers une société close subsiste, même dans les démocraties. Le rêve de société close est un rêve d’une société stable et hiérarchisée. Il y a du confort à savoir quelle est sa place. C’est une société où chacun est à sa place et donc il n’y a pas de contestation. C’est donc une société de certitude et dans les divisions qui courent les sociétés musulmanes le poids de la certitude religieuse est importante.

 

Pour Popper, ce rêve est dangereux car il n’est plus possible, on ne peut plus interdire à la Raison de s’exercer. Voir revenir à la société close s’est vouloir revenir à la maison ancestrale et donc le bonheur des autres. Popper dit que cela n’est pas possible et donc ce sera un retour à l’animalité. C’est le sens de tous les archaïsme.

 

Popper dit qu’il faut assurer un fardeau de l’humanité de la raison dans la société ouverte. La société ouverte n’est pas naturelle mais artificielle car elle est construite par la raison. Elle demande donc une volonté permanente.cette société ne se soutient pas toute seule. « Nous devons accepter ce saut dans l’inconnu et dans l’incertain en demandant à ce que nous possédons de raison de nous guider vers la sécurité et la liberté ».

 

Pour Popper, il y a un prix à payer pour le privilège d’être homme. Cela signifie que la découverte de la discussion critique créé une inquiétude chez l’homme. Popper dit que vivre dans une société ouverte impose à chaque homme une certaine tension qui vient de ce que nus devons accepter de nous soumettre à la discipline de la raison, accepter de devenir plus raisonnable et apprendre à coopérer. Il faut donc accepter au cœur de la société ouverte une relative incertitude dans les relations sociales. La société ouverte nous rend incertain de notre propre identité. C’est aussi une société de mobilité, elle est même de plus en plus mobile qui est soumise à la technologie et les confrontations économiques.

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