Le clivage gauche-droite en France

Le(s) clivage(s) gauche-droite.

C’est un clivage en évolution en mesure des débats. Il s’agit là du principe de division centrale de la vie politique et de l’histoire politique française. C’est une opposition binaire qui organise la vie politique depuis la révolution. On le retrouve en Suisse et aux Pays-Bas, mais il n’est pas présent aux USA. 

A partir des années 1960, avec la bipolarisation il est très prégnant. C’est la constitution de 2 camps. 2 partis dominant en compétition pour l’accession au pouvoir. 

Un des paradoxes c’est qu’on a une invariance de ce clivage au sens où il structure la topographie du jeu politique, mais on constate aussi une variabilité historique de ce clivage. Dans l’histoire il ne se cristallise pas sur les mêmes questions. 

La droite et la gauche sont des produits de l’histoire et des traditions politiques. 

  • Le(s) clivage(s) gauche-droite.
    • Fonctions et genèse du clivage en France.
    • Les recompositions du clivage droite/gauche.

a) Fonctions et genèse du clivage en France.

Ce clivage remplit 2 fonctions spécifiques : 

  •     Il simplifie les conflits inhérents à la vie politique.
  •     Il facilite la constitution de majorités pour décider (Dominique Colin). Il a une fonction de repérage pour les acteurs et les citoyens.

Ce clivage se déroule en 2 temps : 

  •     Il nait au moment de la révolution en opposant les royalistes et les anti royalistes. Le 22 juin 1789 les députés du tiers état décident de se réunir hors la présence du roi et contre sa volonté dans l’église St Louis à Versailles, ils sont rejoints par les membres du clergé et plus  tard par des membres de la noblesse. Spontanément les députés du tiers état vont laisser au clergé et à la noblesse les sièges les plus honorifiques situées dans la partie supérieure de la nef (proche du sanctuaire). Cette partie deviendra par la suite la partie droite de l’assemblée. Le 28 août l’assemblée nationale constituante, dans le cadre de sa réflexion, en arrive à la question du  véto royal, ceux qui y sont favorables se placent à la droite de l’hémicycle, les autres à gauche. D’un point de vue spatial, il y a une manière d’exprimer les affrontements politiques. Il ne faut pas surestimer la portée de ces évènements qui appartiennent à la mythologie du clivage. Ce sont les acteurs qui donneront de la consistance à ce clivage.
  •     Au tournant des 19ème et 20ème siècles. Entre 1902 et 1905 (ministère Combes), ce clivage va structurer les débats et s’imposera en 1930. Marcel Gauchet : « Il y a bien du chemin depuis l’emploi timide et irrégulier du partage entre coté droite et côté gauche sous la Révolution française jusqu’à leur intronisation dans la langue parlementaire au sein des assemblées de la restauration. Et il faut un saut encore plus considérable pour passer du jargon des Chambres à ces emblèmes par excellence de l’identité politique. » (Marcel Gauchet « La droite et la gauche », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1989). L’auteur nous signifie la migration de ce clivage, qui devient progressivement un élément d’identité politique que s’approprient les acteurs et les citoyens. Ces signes identitaires seront clairement admis au 20ème siècle. C’est à la veille de la 1ère guerre mondiale que ce rôle de repère sera consacré.

Evènements qui participent à l’identification du citoyen à ce clivage : 

La propagande des acteurs politiques, les milieux littéraires et intellectuels. A la suite des travaux de Gauchet il y a 3 origines : 

  •     Socio-politique, marquée dès la fin du 19ème par les tentatives de rassemblements de la composante de la gauche, portée par de jeunes rénovateurs radicaux qui souhaitent mettre en place une alliance avec les socialistes, la formule sera : « pas d’ennemis à gauche ». Ils indiquent ainsi qu’il y a un adversaire qui est la droite. L’apparition d’un nouveau personnel politique qui essaye de mobiliser de nouveau électeurs auxquels il faut donner une grille de lecture facilement compréhensible.
  •     L’affaire Dreyfus qui en 1898 opérera une guerre civile des esprits en scindant la France entre le camp des Dreyfusards et celui des antis Dreyfusards, qui renvoie à une séparation entre gauche et droite.
  •     Origine institutionnelles, avec les changements de modes de scrutin, en 1928 (législatives), qui instaure le triomphe du système majoritaire qui impose la nécessité de se désister et de créer des alliances en vue de la victoire. Mais avec qui fait-on alliance ? Le repère de gauche et de droite aidera ces choix.

Au cours de cette période, les valeurs défendues par chaque camp vont évoluer. 

b) Les recompositions du clivage droite/gauche.

Ces constructions intellectuelles vont se nourrir des débats. 

L’extinction de la querelle institutionnelle : 

De la révolution à 1880, le clivage se cristallise sur la question des institutions et du rapport à 1789. La gauche revendique l’héritage de la révolution en défendant la République, au nom de son attachement au siècle des lumières et à la DDH. La droite prône le retour à la monarchie et à l’ordre moral, mais sa position n’est pas homogène. Les travaux de René Rémond (La, puis les droite(s) en France) mettront en évidence 3 traditions de droite différentes nées dans le sillage de la révolution. 

  •     La droite légitimiste ou ultra, ou monarchiste, qui est hostile à l’héritage de la révolution, elle se caractérise comme étant traditionnaliste et catholique. Elle s’amenuisera avec la monarchie de juillet.
  •     La droite Orléaniste, modérée, et libérale, qui nait avec la monarchie de juillet. Elle est à l’origine de la droite libérale, et décentralisatrice. Elle accepte la concurrence. La souveraineté réside dans le peuple, mais il ne doit pas exercer sa souveraineté. Les corps intermédiaires exercent cette souveraineté.
  •     La droite Bonapartiste qui apparait sous le second empire. Elle est attachée à l’ordre et à l’état. Sa conception est volontariste surtout au niveau  économique. Elle fait appel au peuple, surtout par voie de référendum et développe la voix du chef. Le Gaullisme se situe ainsi dans son sillage.

La IIIème République va s’opposer à la droite monarchiste, mais la droite va se rallier à la République par conversion et accoutumance. On constatera un épuisement de la volonté de retour à la monarchie. Ce culte monarchiste se fera de moins en moins présent à droite. Les groupes qui continueront à se rallier au monarchisme seront de plus en plus restreints, extrêmes et violents. 

Le clivage va de plus en plus se déporter sur des questions sociales et de moins en moins institutionnelles. 

La question religieuse : 

En France c’est une question très liée à l’enjeu du régime. Traditionnellement le pouvoir est imbriqué dans le catholicisme, La France était sous l’Ancien Régime la Fille aînée de l’église. On l’entend encore, comme par exemple lors des dernières mobilisations de rues (mariage pour tous). 

Depuis la révolution, la souveraineté n’est plus fondée sur un principe religieux, elle réside sur la souveraineté de la nation. L’enjeu de la controverse concerne l’influence sociale de l’église, c’est-à-dire l’emprise de la religion sur les comportements collectifs et les conduites privées. 

La question religieuse opposera 2 camps, les anticléricaux (à gauche en grande majorité) qui veulent soustraire la société à l’emprise de la religion. La Gauche dès le 19ème se fera une spécialité de la défense de la laïcité (rendre la politique indépendante de toute religion qui doit être reléguée à la sphère privée). Pour la droite, le catholicisme est perçu comme le garant de l’ordre moral et de l’équilibre de la société. Ce conflit perdurera pendant une grande partie du 19ème. Mais ce potentiel va s’estomper à mesure qu’on s’approche du 20ème siècle. La reconnaissance de la neutralité du système public et surtout d’enseignement scolaire, va progressivement tenter de faire disparaitre tous les signes qui indiquent un rattachement religieux. Tout cela se met en place entre 1882 et 1886. On va aussi instaurer la neutralité des espaces publiques (cimetières, parlements, hôpitaux, etc). On va élaborer des lieux d’expression démocratiques neutres (mairie, école, à la place des appartements des curés). Ceci va se concrétisé avec la loi de séparation de l’église et de l’état en 1905. Elle s’appliquera dans un contexte très troublé, c’est la dernière grande manifestation de la question religieuse. Le ralliement progressif de la droite à la laïcité et à la République va chasser cette opposition. 

Un clivage qui s’estompe et pourtant perdure 

Cependant, la question scolaire au 20ème siècle sera une résurgence de la question religieuse. On voudra supprimer tout financement public à l’école privée. La droite est favorable à l’existence des écoles privées et confessionnelles. Dans les débats qui suivront l’arrivée de la gauche, la droite va redescendre dans la rue pour défendre la liberté d’enseignement pour défendre de façon indirecte les écoles privées. Cette question a fragilisé les majorités en créant un clivage entre MRP et SFIO. 

L’histoire en France est une histoire de crispations et d’apaisements. Ceci continue aujourd’hui avec la question des signes ostentatoires religieux, débats qui transcende ce clivage gauche/droite, l’islam étant désormais au centre de ce débat. 

On assiste à affaiblissement progressif du clivage gauche/droite, sauf quand on voit émerger sur la scène publique, lors de certains débats, un certain rejaillissement de ce clivage (débat sur le PACS, Mariage pour Tous, Loi sur la Famille). Ce sont des clivages qui se fondent sur le libéralisme culturel. Le clivage n’a pas perdu de sa pertinence, ainsi lorsqu’on interroge les Français, 60% d’entre eux continuent de se positionner sur l’échelle gauche/droite. Ceci étant, la structure du clivage apparait aujourd’hui complexe, c’est une combinaison entre la question du libéralisme culturel et celle du libéralisme économique qui fut centrale au sortir de la seconde guerre mondiale. Il y a donc désormais des clivages multipolaires, expliqués par le fait qu’on observe dans les années 80 à un brouillage des questions économiques avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, notamment avec la mise en place de la rigueur en 1983. Dès lors les grands référents idéologiques de la gauche semblent en crise et dans le même temps on constate que le libéralisme économique triomphe aussi à gauche, car présenté comme non idéologique. Autre élément, la thématique de la sécurité qui était une thématique de la droite est devenue aujourd’hui un postulat sur lequel la gauche est aujourd’hui obligée de se prononcer. 

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