La monarchie absolue de droit divin

L’apogée de l’absolutisme à partir du XVIIe siècle

La France était au XVIIème siècle une monarchie de droit divin (le roi représentait Dieu dans le royaume), c’est l’apogée de l’absolutisme. Depuis le règne de Louis XIV, au XVIIesiècle, le roi de France tente de concentrer tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire), il veut établir l’absolutisme.

 

La souveraineté va donner lieu à plusieurs doctrines dont l’absolutisme. L’indépendance du Roi et sa supériorité, sa puissance, avec la souveraineté, n’est plus définie en fonction du statut propre du Roi, mais à cause de la Couronne qui représente la souveraineté. Le terme absolu vient du latin absolutus et du verbe absolvere qui veut dire absoudre=être délié de/ être détaché de. Autrement dit, absolu veut dire indépendant, libre, libéré de toute autre autorité. Absolu ne veut pas dire sans restriction, sans règle. Lorsque l’on parle de monarchie absolue on décrit ou on fait référence à la monarchie française du XVIe au XVIIIe. Mais l’absolutisme ça n’est pas une réalité factuelle, l’absolutisme est une politique, une doctrine qui est performative et vit au monopole de l’exercice de tous les pouvoirs par le Roi. Un monarque absolu n’est ni un despote ni un tyran.

  • La monarchie absolue de droit divin, l’aboutissement d’une doctrine

L’assassinat d’Henri III provoque une offensive des légistes royaux que l’on appelle les politiques. Ils réaffirment le caractère immédiat du lien entre Dieu et le Roi afin de riposter à toute tentative de désacralisation du pouvoir politique. Parce que le pouvoir provient directement de Dieu, aucune instance, aucune autorité, aucun organe, quel qu’il soit, ne peut contester le pouvoir du Roi. Puisque le rétablissement de la paix devient impossible sur un fondement religieux, il faut alors recourir à l’État pour la paix la solution n’est pas religieuse mais politique. En cela, les politiques héritent d’une distinction radicale entre le temporel et le spirituel qui a été établi et développé par les protestants. En réalité, le processus qui va se produire est l’État ne doit plus s’inscrire dans la religion c’est à dire l’État reste soumis du dogme religieux mais l’État qui acquiert son autonomie aussi bien grâce à la pensée protestante qu’à la doctrine de la souveraineté, l’État désormais doit en quelque sorte intégrer la religion en son sein. L’État jouit donc d’une religiosité propre dans son ordre ce qui veut dire que la religiosité de l’État n’a plus à obéir à des impératifs extérieurs, la religiosité est à l’intérieur même de la logique de l’État : Henri IV se convertit au catholicisme, on considère que sa conversion n’est pas sincère mais ce n’est pas important : Henri IV sait ce qu’il veut mais en tant que Roi de France il doit professer la religion catholique, c’est une obligation extérieure, il doit se conformer à ce que l’État lui impose. Conséquence de cela : il a une inversion d’ordre entre l’État et le Roi. Jusqu’alors c’est le Roi qui a construit l’État, désormais le Roi n’existe que comme le magistrat de l’État.

Ensuite, puisqu’il y a une religion d’état, le droit divin renforce le Royaume, la communauté nationale contre les communautés plus vastes telles que les catholiques ou les protestants ce qui veut dire que la religiosité de l’État fait qu’on est 1 Français 2 catholique ou protestant.

L’État en ressort déifié, c’est l’État qui adhère le Sacre, c’est l’État qui est sacré.

Enfin troisième conséquence, en obéissant à l’État on obéit à Dieu.

En 1610, Henri IV est assassiné, et là il y a une condamnation unanime venant des protestants et des catholiques, des politiques pour condamner l’assassinat d’Henri IV.

Aux États généraux de 1614-1615 les tiers États propose au Roi de faire admettre le principe de l’origine divine directe du pouvoir royal. Doctrine admise par les protestants et les catholiques. Bossuet apportera le dernier complément à cette doctrine à la fin du XVIIIe siècle. Il devient au milieu du XVIIe siècle un personnage important dans le tout Paris ce qui fait qu’il sera appelé à devenir précepteur du dauphin à partir de 1670. Il vit à la cour et ses ouvrages qui nous intéressent sont écrits pour le dauphin. L’ouvrage « sa politique, des propres paroles de l’Écriture sainte » est composé entre 1670 et 1679 et est publié au tout début du XVIIIe siècle, il dénonce la doctrine de la souveraineté absolue du droit divin en France. Si au XVIIIe siècle, des éléments nouveaux viendront remettre en cause cette doctrine, la doctrine telle qu’elle est énoncée reste officielle jusqu’en 1789. Pour Bossuet, on ne trouve nulle part mieux énoncé les doctrines politiques sur le gouvernement. Bossuet ne va plus recourir au droit romain, ni à aucune des invocations antérieures et trouve exclusivement dans la Bible les fondements de sa doctrine. Bossuet lit la Bible de façon raisonnable c’est à dire de façon mathématique, ce que la Bible dit est la vérité donc on peut utiliser une preuve dans un passage de la Bible. C’est dans ce fondement que Bossuet dit qu’il n’y a aucun fondement dans la Bible pour la souveraineté populaire donc la souveraineté passe directement de Dieu au Roi. Il en découle qu’il n’y a aucune autorité au dessus du Roi si ce n’est celle de Dieu, le Roi n’a de compte à rendre qu’à Dieu. En conséquence, si le Roi est un tyran il ira en enfer mais les hommes n’ont rien à voir avec le châtiment qui pourrait être imposé à un mauvais Roi ou à un tyran.

Autre élément démontrant cette mutation des mentalités, pour Bossuet la monarchie n’est pas seulement un gouvernement de circonstance, la monarchie c’est le régime le plus proche de la nature ou plutôt le plus conforme au droit naturel en effet dans la nature on trouve le père de famille, le chef de la meute etc.

La conséquence de la théorie de Bossuet est très importante, Bossuet en donnant ce fondement indiscutable du pouvoir royal en réalité, ne le donne pas au Roi mais le donne à l’État. En effet, Bossuet n’ignore pas que le Roi doit se conformer à la finalité de l’État, qui est la gestion de la res publica, du bien commun …

Bossuet rappelle au prince, qu’il doit se soumettre à la morale et au droit naturel qui est en réalité dans la pensée chrétienne l’œuvre ou le fruit de la volonté divine. Pour Bossuet, le gouvernement absolu n’est pas un gouvernement arbitraire puisque c’est un gouvernement dans lequel les personnes demeurent libres parce que le Roi souverain a dans sa mission la protection des libertés de son Royaume. Pour lui, l’absolutisme c’est lorsque le Roi est absolu par rapport à la contraire, n’existant aucune puissance capable de forcer le souverain est donc le souverain est indépendant de toute autorité humaine.

=> Développement de la théorie de l’absolutisme dans le prolongement des guerres de religion.

Il y a aussi un développement juridique dans la continuité des théories de Bodin.

L’un de ses auteurs est Pierre Cardin Le Bret, qui est un juriste, conseiller de Richelieu et apporte à la théorie de la souveraineté, « la souveraineté n’est pas plus divisible que le point en géométrie ». Cela témoigne d’un passage à des doctrines mêlant histoire, droit, droit romain, tradition, religion à l’affirmation de quelque chose de mathématique, de précis, quelque chose qui permet un raisonnement mécanique. Il permet de relever la technicité d’une doctrine. Cardin Le Bret est un auteur important illustre surtout l’autonomie acquise par la notion de souveraineté. Et au fond, lorsque Bossuet reprend sa politique dans l’Ecriture sainte, en réalité il est dans la filiation de Cardin Le Bret : il ne lit pas l’écriture sainte comme un théologien mais en fonction d’un raisonnement mathématique et technique.

Les différents auteurs qui renforcent le pouvoir absolu du Roi font de la justification du pouvoir absolu sur deux fondements :

  • la raison d’État : elle témoigne au fait que tout est ramené à l’État, l’existence de la nation est dans l’État, l’activité de tous les corps sociaux est dans l’État, toutes les institutions publiques et privées sont dans l’État, et l’État a une raison qui lui est propre : cette raison est inaccessible à la raison commune à savoir le citoyen, le sujet n’est pas à même de comprendre la raison d’État. Alors il ne peut pas la juger. Cette raison qui est propre à l’État justifie et se justifie par l’existence d’un ordre propre de l’État : ce n’est pas la réunion des intérêts individuels et privés, ni la réunion des citoyens mais des intérêts à part. C’est une autorité, une instance au dessus, en plus. Donc, la raison d’État justifie une action propre de l’État selon des modalités propres à l’État. Cela implique deux choses : première conséquence, la raison d’État étant inaccessible aux communs, il convient de la lui cacher. Mazarin conseillait à Louis XIV « Simule, dissimule, ne te fis à personne, dis du bien de tout le monde, prévois avant d’agir »
  • le bien commun : c’est à la fois la justification d’un pouvoir absolu et en même temps une brèche dans le pouvoir absolu car dès lors que le pouvoir doit s’exercer dans le bien commun cela soulève ou pose la question de juger ce qui est le bien commun. Qui juge ce qui est le bien commun. Car il peut être évalué par celui qui en a la garde en charge ou par ceux qui bénéficient de son entretien et de sa mise en valeur : cela concerne aussi bien les gouvernants que les gouvernés. Le Roi ne doit pas être seul dans l’évaluation du bien commun et dès lors on pourra faire apparaître un autre acteur politique qui pourra évaluer le bien commun.

  • La monopolisation du pouvoir sous Louis XIV

On assiste à un processus lent, puis accéléré de mise en place réel d’un absolutisme royal => soit une politique de monopolisation du pouvoir.

Richelieu, ministre de Louis XIII, rédige un testament politique dans les années 1635-1640, son ouvrage est destiné à Louis XIII afin de le mettre en garde contre les scrupules de sa conscience.

« La puissance est une des choses la plus nécessaire à la grandeur des Rois et au bonheur de leur gouvernement. Le Roi doit avoir une bonne armée, de bons revenus et une bonne réputation laquelle doit être entretenue par le faste et le prestige. »

La personne du Roi avec ses faiblesses et sa foi chrétienne, doit laisser cela s’effacer devant l’objectif de servir l’État. Le Roi est au service de l’État. Lorsque le Roi doit ordonner un assassinat, la personne du Roi ne doit pas avoir de remords car il remplit une mission, il est au service d’un État qui doit démontrer sa puissance. L’État ne doit avoir qu’un seul pilote, il faut donc proscrire toute collégialité, toute multiplicité des gouvernants ou des conseillers. Les États généraux pour Richelieu, c’est quelque chose d’inutile et de préjudiciable aux provinces car les députés des généraux sont financés par les provinces,

Richelieu admet que le Roi peut ne pas avoir la force ou l’intérêt suffisant pour la chose de l’État, et dans ce cas là, le Roi doit avoir un ministre. Il faut que le Roi ait pleine confiance dans son ministre et que ce dernier le sache, c’est la condition pour que le ministre agisse à la place du Roi et sans avoir la crainte d’être désavoué par le Roi donc librement en étant protégé de tous ses actes par le Roi et être récompensé. Le Roi doit aussi sanctionner tous ceux qui critiquent son ministre.

Mazarin va succéder à Richelieu et va gouverner pendant que Louis XIV sera enfant, durant la Fronde => on profite de l’enfance de Louis XIV entre 1648 et 1653 pour remettre en cause les développements de l’absolutisme depuis le règne d’Henri IV. Les officiers se plaignent notamment des pouvoirs accrus des intendants (ceux qui sont envoyés dans les provinces pour informer le Roi). Nobles se plaignent de leur « expulsion du pouvoir royal ». La Fronde qui est d’abord parlementaire puis qui sera nobiliaire va forcer le Roi de France, Louis XIV enfant à quitter Paris la nuit pour se réfugier à St Germain laissant la ville de Paris aux mains de ses opposants, de ses adversaires. Le Roi de France devra reconquérir son Royaume c’est à dire reprendre le pouvoir sur les armées de ses adversaires. La Fronde commence en 1648. En 1649, le Roi d’Angleterre et d’Ecosse est décapité à Londres suite à une guerre entre le Roi et le Parlement. Le contexte international tend à montrer que les Rois peuvent être en danger.

Le Roi viendra à bout de la Fronde, mais on gardera une rancœur à la fois contre les parlementaires et contre les nobles qui seront muselés à la cour de Versailles où on distribue médailles, rubans, titres honorifiques. Quant aux parlementaires ils y perdront leur droit de remontrance.

Démonstrations de la monopolisation du pouvoir royal par Louis XIV :

=> ordonnance civile de 1667 qui impose dans les tribunaux du Royaume même s’ils ne sont pas royaux mais seigneuriaux, la même procédure civile.

Ce que Louis XIV dit dans ses mémoires, dans ses instructions politiques et morales ou dans ses réflexions sur le métier de Roi, il démontre qu’il a complètement intégré la doctrine de droit divin. Louis XIV montre bien la dualité de sa personne : d’un côté le Roi dévot qui croit en Dieu, chrétien fervent modeste et de l’autre côté il assume pleinement le fait qu’il est le lieutenant de Dieu sur Terre. Et comme tel, il doit se comporter en étant tout le temps au service de l’État. Son faste est un moyen d’extérioriser sa puissance. « Le Roi doit provoquer l’admiration respectueuse de ses sujets et l’étonnement craintif des nations voisines »

Le Roi doit avoir des conseillers mais surtout il doit faire en sorte que leur pouvoir soit fragile, il doit faire en sorte que ses conseilles soient divisés entre eux. Lorsque le Roi écoute un conseiller, tout le mérite du bon conseil revient au Roi.

« La raison d’État est la première des lois par le consentement de tout le monde mais la plus inconnue et la plus obscure à tous ceux qui ne gouvernent pas. La conséquence de tout ça c’est que Louis XIV travaille sans cesse à son métier de Roi.

Au XVIIIe siècle, les choses évolueront tout simplement parce que la façon de voir le monde évoluera. Jusqu’à Louis XIV lors de la cérémonie des Ecrouelles (lorsqu’il est sacré) où il touche les malades, « le Roi te touche, Dieu te guérit » dit Louis XIV

Louis XV premier roi couronné du XVe siècle dira « le Roi te touche que Dieu te guérisse »