Naissance et fondement de l’absolutisme français

LA NAISSANCE DE L’ABSOLUTISME FRANÇAIS 

L’assassinat d’Henri IV fait de lui l’un des rois français les plus populaires. Son image idéalisée est sollicitée par plusieurs de ses successeurs, tandis que sa mort dramatique marque une étape décisive dans l’établissement de la monarchie absolue en France 

 

1- ASSASSINAT DE HENRI III ET HENRI IV, deux facteurs qui expliquent l’AVENEMENT DE L’ABSOLUTISME

 L’absolutisme en France au XVIIe siècle doit être replacé dans un contexte qui avait déjà été soumis à l’œuvre de Bodin, donc les guerres de religion. Ce sont des guerres civiles qui ont duré presque 40 ans, qui ont fait des ravages humains et matériels incroyables, qui a suscité la pensée des auteurs appelés les Politiques dont Bodin et qui va inspirer les théoriciens de l’absolutisme.

 

Cet absolutisme s’écrit dans le contexte des assassinats royaux avec l’assassinat d’Henri III en 1589 par Jacques Clément. L’autorité royale est donc en danger et peut être brisée par l’assassinat politique qui est dans l’aire du temps.  

Les haines religieuses ne sont pas terminées. Henri IV, pour les catholiques radicaux, est un faux catholique. Au moment où il est tué en 1610 par Ravaillac, il se préparait à partir à la tête de ses armées pour attaquer les Habsbourg avec l’appui des protestants. Il n’en reste pas moins que cela est perçu comme une trahison au regard du catholicisme. Henri IV a mené une politique d’apaisement avec les protestants, notamment avec l’édit de Nantes de 1598 qui instaurait une coexistence religieuse entre deux religions dans un, Etat et pacifique, chose extraordinaire à l’époque. C’est un système de coexistence légale de deux religions dans le même royaume.  

Les auteurs absolutistes y voient la légitimité de l’absolutisme royal parce que Henri IV a pu prendre cet édit car il était un roi absolu. Cet édit de Nantes a soulevé d’immenses résistances dans l’Etat, surtout de la part des parlements. Il fallait donc la volonté et l’autoritarisme d’un roi absolu pour imposer cet édit. Il y a donc un Etat absolu pour imposer aux populations une coexistence religieuse donc la population ne veut pas.  

Ce rétablissement de la paix a été la condition du retour à la prospérité. A l’époque, la population et l’économie étaient ruinées. L’autorité royale était donc incapable d’assurer un semblant d’ordre public. La tolérance à l’égard des protestants instaurée par Henri IV est la condition du retour à la grandeur et la prospérité du royaume.  

L’édit de Nantes comprend plusieurs articles. Les articles généraux donnent aux protestants la liberté de religion, la liberté u culte et l’égal accès aux charges publiques. Le ministre important d’Henri IV, Maximilien de Béthune, Marquis de Rosny puis duc de Sully a eu une grande influence. Il y a des articles secrets disant que le roi accorder des garanties militaires, ce qu’on appelle les places de sûretés, aux protestants et leur laisser le droit de se réunir en assemblée. Ils ont donc des points d’appuis militaires financés par l’Etat.  

Cela a bien fonctionné temps qu’Henri IV était roi mais après sa mort les protestants se sont servi de cela pour constituer des soulèvements et donc les places de sûretés seront supprimées en 1629. L’édit de Nantes n’avait pas abandonné l’idée d’une unité religieuse. Dans l’édit, on trouve un préambule parlant de cela. En 1685, lorsque Louis XIV révoquera l’édit de Nantes, il ne fera que constater l’échec de l’édit.  

En 1610, Henri IV est assassiné. L’héritier, Louis XIII n’a que 8 ans et demi. Le pouvoir est reconnu par le parlement de Paris à la veuve du roi, la régence Marie de Médicis. En cela, le parement contredit les dispositions prises par Henri IV car celui ci avait institué un conseil de gérance en nommant les membres qui devait gouverner et la reine mère Marie de Médicis devait se contenter d’un rôle prestigieux mais purement honorifique. Elle était ultra mondaine c’est-à-dire qu’elle avait une position religieuse contraire aux traditions du royaume de France. Elle est attachée à la primauté du pape. De surcroit, elle est sous l’influence de sa sœur, Léonora Galigaï, et de l’époux de celle ci, Concino Concini. Ils sont détestés par la cour car ils ont une influence totale sur la reine. Ils lui font faire leurs quatre volontés. Les grands personnages de l’Etat et leur donne donc beaucoup d’argent, ce qui vide les caisses de l’Etat.  

En septembre 1614, le jeune roi devient majeur mais la mère refuse de céder le pouvoir et continue donc à exercer la régence en estimant qu’il est trop faible d’esprit et de corps. Pendant 3 ans, la reine et Concini continue de régner contre la volonté du roi. Le 25 avril 1617, un gentilhomme de l’entourage du roi qui est son gouverneur, Charles d’Albert de Luynes, assassine Concini. C’est donc la prise du pouvoir par Louis XIII. Quant à Marie de Médicis, elle est exilée mais elle se sauve en février 1619. Elle commande une révolte. Elle a pour conseiller Armand du Plaici, futur Cardinal de Richelieu, qui négocie un accord le roi autorisant la reine à vivre librement à avoir une cour à Angers. Les choses ne sont pas arrangées par en aout 1620 éclate une seconde guerre entre la mère et le fils. La guerre est gagnée par le roi et la reine rentre en grâce et obtient un siège et alors Richelieu devient Cardinal. Le roi en fait son ministre.  

En attendant, la France a vécu dans un contexte de guerre civile large. La noblesse a voulu profiter la faiblesse constituée par la régence pour prendre le pouvoir. C’est le cas de César de Vendôme qui était un bâtard d’Henri IV. Il organise une révolte que la reine cesse petit à petit en versant de l’argent. Aussi, les protestants en profitent pour se constituer militairement et pour organiser une résistance qui va tourner à la révolte.  

Ainsi, on a un contexte favorable au développement mais surtout à la diffusion des doctrines absolutistes dans la première moitié du XVIIe siècle puis pendant la seconde partie du même siècle.  

2. L’ABSOLUTISME DES JURISTES 

C’est le début du XVIIe siècle donc après l’œuvre de Bodin, la mort d’Henri IV en 1610 qui a pratiqué absolutisme de Bodin en tenant compte des traditions et en particulier l’avis des Grands. Les Etats généraux n’ont pas été réuni sous son règne cependant. Les parlements ne se sont pas révoltés et donc Henri IV a donc exercés un véritable pouvoir absolu. En 1610, son fils Louis XIII lui succède mais il est mineur donc sa mère Catherine de Médicis exerce la régence. Elle s’est appuyée sur les Etats généraux et parlements car Henri IV avait limité son pouvoir. Elle réunit donc les Etats généraux en 1614. Ainsi, le pouvoir du roi est retombé à un niveau relativement faible. Une opposition s’est réveillée sous la régence de Catherine de Médicis.  

Richelieu arrive au pouvoir en 1624 et les choses changent. Aussi, les absolutistes vont théoriser le pouvoir. En réalité, ils reprennent Bodin mais de manière différente. La seule différence est que Bodin donne aux Etats généraux un pouvoir fiscal en consentant à l’arrivée de nouveaux imports, or cela n’est pas concevable chez les absolutistes.  

Les absolutistes sont des opposants au gouvernement mixte car la souveraineté est une et indivisible. La res publica à deux têtes n’est pas concevable. Or, ils conçoivent la res publica comme un corps dont le roi est la tête.  

Comme Bodin, ils ne cherchent pas à s’interroger sur les origines et les finalités de l’absolutisme mais se placent dans la théorie juridique. Ils s’interrogent donc sur les prérogatives concrètes qui peuvent être utilisées par le roi. Chacun a sa formule qui est restée célèbre.  

  • Guy Coquille (1523-1603)

C’est un homme bourgeois membre du Tiers Etat. Il a fait tout de même des études de Droit et devient avocat. Il commence à exercer à Paris puis il part à Nevers. Il est devenu procureur général de la région de Nevers et il est finalement élu aux Etats Généraux en tant que représentant du Tiers Etat à plusieurs reprises (1560, 1576, 1588). A chaque fois, il se montre comme un des principaux adversaires de la Ligue et à ce titre il devient l’ami de Bodin.  

Il n’a pas fait élaborer la théorie de la souveraineté. Il est connu des juristes pour avoir été responsable de la mise à jour des coutumes. Ainsi, il va devenir un spécialiste du droit coutumier et va le commenter par écrit. Par ailleurs, il s’est consacré à l’étude du pouvoir et de la royauté française.  

Il est auteur de la formule célèbre « le roi est monarque et n’a point de compagnon en sa majesté royale ». Il s’agit donc de l’indivisibilité de la souveraineté. Il défend la monarchie absolue ainsi que l’indépendance du roi qui doit être la tête du corps politique. Il y a une interaction entre la tête et le corps car les deux sont dépendants. Il rappelle que la tête anime l’Etat.
Concernant les parlements, ils ont un rôle strictement judiciaire et n’ont donc pas de rôle politique. Il affirme aussi le caractère purement consultatif des Etats Généraux.
 

  • Charles Loyseau (1566-1627)

Son œuvre se situe entre la mort d’Henri IV et l’arrivée de Richelieu. Il était un bourgeois mais petit fils d’un laboureur assez fortuné pour acheter à son fils une charge d’avocat. Loyseau a donc fait aussi des études de Droit à Paris et il a eu l’intention de faire carrière dans la magistrature de Province. Puis, il est revenu à Paris et il est devenu avocat au parlement de Paris. Il a pu donc accéder à une charge des nobles. A partir de là, il s’est mis à écrire et a fait paraître beaucoup de traités de Droit.  

Dans ses ouvrages, il a reprit la théorie de la souveraineté de Bodin. Il dit de la souveraineté que c’est le comble de la puissance. Il lie le roi, l’Etat et la souveraineté, comme Bodin. En revanche, il a théorisé et systématisé une vieille idée médiévale appelée la conception tripartite de la société. Cette conception est héritée du Moyen Age et donc qui était sue mais jamais dit. Cela permet à Bodin de justifier le pouvoir du roi. Il dit qu’il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Ensuite, il y a ceux qui servent Dieu donc le clergé, ceux qui protègent l’Etat donc la noblesse et ceux qui nourrissant la société donc le Tiers Etat. Cela justifie le fait que le roi est bien au sommet de tout.  

Loyseau veut être un spectateur de la société en commentant l’évolution de cette société. En particulier, il commente la lutte qui comme ce au début du XVIIe entre l’ancienne noblesse et les officiers royaux donc ceux qui achètent leur charge. C’est un groupe en pleine ascension. Cela est du à la pratique sous Henri IV notamment de vendre des charges d’officiers pour lever des fonds. Loyseau répond à cette lutte en expliquant ce qu’est l’ancienne noblesse et donc l’origine des nobles. Il explique que tous les nobles ont une origine franque donc des barbares qui ont envahi le territoire de la Gaule. Ce sont donc les descendants des envahisseurs germaniques. Les opprimés constituent aujourd’hui le Tiers Etat. Ainsi, la noblesse n’est pas issue du droit naturel mais d’un droit de l’Etat. Ce droit est donc sujet à révision. La seconde conséquence est que le vertu traditionnellement attachée à la noblesse ne vient pas du sang donc du droit naturel mais de l’éducation et de l’instruction.  

  • Cardin Le Bret (1588-1655)

Il a vécu sous 7 rois mais il en a servi 4 : Henri III, Henri IV, Louis XIII et Louis IV. Il a été très influent pendant une courte période cependant, surtout sous le ministère de Richelieu. Sous Richelieu, il est devenu un conseiller d’Etat, un intendant c’est-à-dire une personne l’équivalent de notre préfet donc nommé par le pouvoir et chargé de représenter le roi localement. L’intendant a été crée sous Henri IV. Il était révocable à tout moment car il n’avait pas de charge. Le Bret a une fonction importante à l’Est de la France qui vient d’être acquis par la France. Il doit donc y instituer les institutions de la royauté française. Ainsi, il a mis en place le parlement.  

Il est connu sous l’Histoire des idées politiques car c’est un théoricien de l’absolutisme français. En 1632, il a écrit De la souveraineté où il ne fait qu’évoquer la souveraineté royale. Il reprend la théorie de Bodin avec ses mots en disant que « la souveraineté n’est non plus divisible que le point en géométrie ». C’est un pouvoir qui s’exprime par le pouvoir de faire les lois. Contrairement à Bodin, il établit un catalogue : pouvoir de faire exécuter les lois, gérer en détails le gouvernement, nommer les agents publics, de lever les tailles et les subsides, déclarer la guerre, conduire les armées.  

La différence par rapport aux autres est que Le Bret s’interroger sur l’origine du pouvoir. Il se pose la question de savoir à qui Dieu a donné le pouvoir à l’origine du monde. Il répond qu’originellement le pouvoir a été confié au peuple mais ce dernier l’a définitivement remis au roi. Ainsi, les rois ne relèvent d’aucun pouvoir hors de Dieu. Il vise donc ici le pouvoir du pape en réaffirmant que le pape n’a pas d’autorité supérieure sur le roi de France.  

Il insiste sur le fait que comme le pouvoir a été confié au roi par Dieu, le roi doit agir selon la volonté divine. Il insiste sur une nouveauté en disant que le roi se doit de chercher le bien commun des sujets, ce qui constitue en réalité une limite. Il ose dénoncer les abus des agents royaux et le fait que le peuple est traité dans de pires conditions que des bêtes. Il demande donc au roi de modifier cette situation et lui dire qu’il doit donc assurer le bien des sujets. Au besoin, également une nouveauté, le roi peut le faire par la théorie de la nécessité absolue. Le roi peut donc prendre toute mesure, même illégale, à condition que ce soit pour le bien public.  

Le Bret est hostile à ce qui peut porter atteinte à la souveraineté royale. Il dénonce donc les ordres privilégiés et considère que les ecclésiastiques n’ont pas à être traités différemment. C’est donc encore la lutte du bourgeois contre la noblesse, thème courant de l’époque.  

Concernant les Etats Généraux, il admet leur existence mais il leur donne un rôle purement consultatif. Quant aux parlements, il leur donne un droit de remontrance mais seulement pour les aspects techniques et le contentieux et donc pas pour les grandes affaires politiques.  

Cette conception conduit donc à limiter les pouvoirs pouvant être néfastes au pouvoir du roi.  

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