Le pouvoir et administation de l’Eglise au Moyen-Age

Les institutions ecclésiastiques sous les Mérovingiens et les Carolingiens

Le partage théorique entre pouvoir terrestre et divin marque toute l’époque. Les institutions ecclésiastiques font partie ainsi du paysage politique global. Cette situation concerne toute l’Europe occidentale.

Leur présence est très forte, elle se renforce pendant la période franque et monte en puissance avec les évêques du royaume franc qui imposent des pénitences à l’empereur Louis le Pieux. Tout le monde est d’accord sur cette orientation, mais on se sépare pour savoir à qui on doit confier la gestion de cette orientation. L’orientation de la théocratie sacerdotale s’affirmera avec Louis le Pieux.

Section 1 L’administration de l’Eglise.

Il y a dans l’église 2 groupes de personnes et 2 façons d’administrer.

Il y a le siècle, la vie quotidienne et il y a la vie intérieure.

Le clergé séculier administre les fidèles. La fonction du clergé régulier touche au spirituel plus proprement.

Le clergé séculier relève d’une hiérarchie de clercs qui ne vivent pas selon une règle précise, contrairement au clergé régulier (règles qui organisent la journée en fonction des prières faites à dieu).

La fonction du clergé régulier prend de plus en plus de place au cours de l’époque franque, au point qu’on se demande s’il n’y a pas une supériorité du clergé régulier qui prend ses distances d’avec le séculier. Vers la fin il est évident que le clergé régulier est supérieur, car le clergé séculier s’est laissé emporter dans la gestion de tâches temporelles, au détriment de la foi. Le siècle a été fagocité par le siècle.

§ 1. Le clergé séculier.

A L’évêque.

Il détient le pouvoir et est le successeur des apôtres. Sa puissance vient du fait que théoriquement ni le pape, ni le roi ne sont ses supérieurs. Il y a 1 évêque par cité.

a) Désignation.

Il est désigné par le clergé, au sein duquel il y a une hiérarchie. Le clergé de l’église épiscopale est celui qui a le plus de pouvoir. Le peuple y prend une certaine part. On dit que l’évêque est élu aussi par le peuple.

L’évêque métropolitain est supérieur (capitale provinciale).

Le roi n’observe pas ces nominations sans bouger. Il tente de se faire une place à côté du métropolitain pour ratifier l’élection (il recommande un candidat). Le roi et les grands interviendront de plus en plus (église aux mains des laïques).

b) Pouvoirs.

L’évêque détient la plénitude des pouvoirs d’ordre et de juridiction en matière ecclésiastique. Les rois et l’empereur utilisent les évêques à des tâches administratives et souvent aussi comptables. C’est là que réside le piège lorsque l’évêque devient aussi comte du lieu.

B Les auxiliaires de l’évêque.

On distingue le monde rural des campagnes, car au début de la période (chute de Rome), la christianisation ne concerne que les villes, la christianisation des campagne ne commence qu’avec l’époque franque.

a) Le clergé urbain.

2 situations.

Les responsables de paroisses dans la ville et l’entourage immédiat de l’évêque, les chanoines, qui forment un groupe institutionnellement définissable, car les chanoine se réunissent au sein du chapitre cathédral, où les oppositions sont nombreuses entre évêque et chanoines.

Il y a une constante pour tous les évêques de chercher à marginaliser le pouvoir des chanoines, qui vivent selon une règle qui contribue à ne pas les isoler, de ce fait ils sont organisés.

Les aides directes de l’évêque. Pour les tâches administratives, surtout temporelles, il a besoin de collaborateur, comme l’archidiacre (le principal), puissant car il gère les activités temporelles et financières. Il arrive que l’archidiacre ne soit pas un clerc ordonné, se peut être un laïc marié. L’évêque tentera de reprendre le pouvoir sur ces archidiacres, et à la fin de la période cette institution disparaitra.

b) Le clergé rural.

C’est la période au cours de laquelle commence à s’organiser ces découpages administratifs appelés les paroisses. Pour administrer cet espace, l’évêque choisit un adjoint, le chorévèque qui organise sur les campagnes une juridiction propre. Il va ainsi falloir le contrôler puis le supprimer, de par son triomphe sur tous ses concurrents et son contrôle sur l’évangélisation des campagnes (Saint Martin de Tour évêque modèle de l’évangélisation).

C. Les supérieurs de l’évêque.

On distingue les mérovingiens des carolingiens.

a) Sous les Mérovingiens.

Du temps de mérovingiens, la hiérarchie de l’église est celle léguée par l’empire romain, il y a l’évêque, l’évêque métropolitain, au-dessus le primat (des Gaules à Lyon), puis le pape. En orient les supérieurs sont patriarches au nombre de 5 ou 6, mais pas en occident qui n’a pas connu le partage.

b) Sous les Carolingiens.

A l’époque carolingienne un changement se produit, il s’agit de réorganiser cette hiérarchie en retirant des pouvoirs au métropolitain et en supprimant ce qui médiatise la relation de l’évêque d’avec le pape, c’est durant cette période que le pouvoir des primats s’affaiblit au profit de l’évêque. Le métropolitain conserve un pouvoir honorifique. Les évêques ont tendance à régler les questions importantes théologiques ou administratives en formant des synodes. L’époque est propice aux synodes sur pendant la période mérovingienne. Le pape est loin et a du mal à intervenir. C’est la réalité d’un bouillonnement théologique.

§2. Le clergé régulier. 

C’est d’Orient que viennent ces pratiquent monastiques. Les ermites (Désert) d’orient vont prendre la forme du monachisme. Martin de Tour est à l’origine de ce mouvement qu’il utilise pour évangéliser les campagnes. Dans ces regroupements, la plupart suivent la règle de Saint Benoît (partage de la journée en différents temps, repos, travail et prière). Cette règle accorde une place centrale au travail, ce qui n’était pas dans l’esprit du temps.

A. Evolution.

C’est la propagation de ces regroupements monastiques sur l’ensemble du territoire, qui est encouragée par les grands et l’empereur (Charlemagne lui-même). Cette évolution s’accompagne d’une administration de terrain. Les monastères regroupent des territoires importants au sein desquels se trouvent des villages (exemple de St Pons, tous les territoires autour de Nice). De nombreux monastères obtiennent des immunités, fiscales, administratives, c’est par ce moyen spirituel et économique qu’est administrée l’évangélisation. Il y a là une grande efficacité économique, les monastères devenant des modèles d’exploitation agricole.

B. Hiérarchie.

Il y a cependant un problème. Si ces monastères sont si puissants, il risquent fort de prendre leur distance avec les pouvoirs de l’église. A mesure que l’église passe aux mains des laïcs, les monastères restent les dépositaires les plus résistants du dépôt de la foi, on y critique les évolutions du monde et on prend ses distances d’avec les évêques. Bien souvent les ordres monastiques (surtout bénédictins) refusent d’être dirigés par l’évêque du lieu. Ils réclament des exemptions de juridiction directement au Pape à Rome. Les exemptions vont se multiplier à la fin de la période franque où émerge le pouvoir des monastères. Dans le grand désordre de la féodalité qui commence à s’installer, les monastères demeurent des îlots d’ordre, d’où partira la réforme Grégorienne au XIème siècle.

Section 2. Le pouvoir de l’Eglise.

§ 1. Le patrimoine ecclésiastique.

C’est une question essentielle. En fin de période on retrouve une église qui contrôle un immense patrimoine.

A. Constitution.

Il y a d’abord les donations dès l’époque romaine. A l’époque franque s’ajoute la source de l’impôt sous la forme de la dîme (existant déjà chez les hébreux pour l’entretien des lévites, prêtres), la pratique se répand plus largement à l’époque franque, car elle a l’appui des autorités laïques. Le pouvoir royal introduit des sanctions pour les récalcitrants. Cette organisation fiscale est plus efficace que celle du pouvoir temporel, l’église réussit là où le temporel échoue. Cela attire la convoitise des laïques.

B. Gestion.

Ce patrimoine est géré en théorie par chaque église locale (diocèse), par l’évêque. A côté de ce patrimoine s’est constitué le patrimoine des monastères gérés par l’abbé du monastère.

Les canonistes recommandent de répartir ce revenu en 4 parts, une pour les bâtiments, une pour les pauvres, une pour le clergé, une pour l’évêque. La pratique va évoluer, d’une part par une distinction croissante des méthodes de gestion des diocèses et des monastères. Cette distinction ville/campagne, va se manifester aussi dans les villes où on distingue le patrimoine géré par l’évêque de celui géré par les chanoines, le chapitre. Cette rupture s’accentue avec la notion du « bénéfice ecclésiastique », qui est un bien (foncier ou assortis de droits immatériels) qu’on confie à un clerc pour qu’il accomplisse une tâche d’administration ou d’apostolat. Ce bénéfice est durable, il dure tant que dure la fonction et a même un caractère viager, il ne cesse qu’à la mort du bénéficiaire. Toutes les fonctions ecclésiastiques vont être associées à un tel bénéfice.

On passe donc d’une gestion organisée à une gestion bloquée.

§ 2 La justice ecclésiastique.

L’époque est marquée par une croissance de la juridiction ecclésiastique, qui s’explique par les lacunes des juridictions laïques. La juridiction ecclésiastique étant son domaine au-delà du spirituel par défaut du temporel, on assiste à un dépassement des compétences.

A. La juridiction spirituelle.

Il est étonnant qu’on ait besoin d’une approche judiciaire dans des questions personnelles intimes normalement gérée par la confession. La pratique du for interne a cependant des incidences sociales directes.

Passant du for interne au for externe, il y a des pratiques individuelles qui prennent un aspect public, tel le mariage. La validité du mariage est ainsi soumise au procès lorsque le problème est connu de tous, elle passe du for interne au for externe. L’évêque est souvent obligé de confier cette tâche à des suppléants.

B. La juridiction temporelle.

Elle trouve ses racines dans les pratiques du bas empire romain et dans une constitution de 333 de l’empereur Constantin, qui imposait la compétence de l’évêque lorsque les 2 parties étaient d’accord. Cette pratique perdure à l’époque franque, les justiciables peuvent aller devant l’évêque quand ils le souhaitent. Quand les juridictions laïques tombent en décrépitudes ce phénomène prend de l’ampleur.

S’ajoute un phénomène de juridiction pour les clercs.

Cette tendance favorise la constitution de blocs de compétences, où se mêlent les aspects spirituels aux aspects temporels. On constate que tout un ensemble de matières tombent dans la compétence épiscopale. Ainsi en est-il du contrat.

Il y a sources, la volonté des parties, mais aussi les matières spirituelles auxquelles se trouvent rattachées des question temporelles périphériques.

 

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