Tout savoir sur les caractères de la règle de droit

Le Droit objectif est constitué d’un ensemble de règles. Toutefois, toutes les règles de droit n’ont pas la même valeur ni la même portée. Pour les distinguer, la doctrine juridique les classe selon deux grands axes : leur force (c’est-à-dire leur degré d’obligation) et leur forme (leurs attributs structurels).

Comprendre ces caractères est essentiel pour déterminer comment une règle s’applique, si l’on peut y déroger par un contrat, ou comment elle interagit avec d’autres normes. On étudiera donc la force de la règle de droit (I), puis sa forme (II).

 

I. La force de la règle de droit : les degrés d’obligation

La force de la règle renvoie à son intensité. Toutes les lois ne s’imposent pas de la même manière. On distingue fondamentalement les règles que l’on ne peut jamais écarter (impératives) de celles qui offrent une marge de manœuvre aux individus (supplétives ou dispositives).

A. Les règles impératives ou d’ordre public

Une règle est dite impérative (du latin imperium, « le commandement ») lorsqu’elle ordonne ou interdit une conduite sans que les sujets de droit ne puissent s’y soustraire. Les individus ne peuvent pas l’écarter par une manifestation de volonté, un contrat ou une convention particulière.

1. La notion d’ordre public

Ces règles sont dites « d’ordre public » car elles sont jugées indispensables à la sauvegarde des valeurs fondamentales de la société. On distingue traditionnellement plusieurs types d’ordre public :

2. La dispense (exceptionnelle)

Le caractère impératif n’exclut pas, dans des cas très marginaux prévus par la loi, une possibilité de dispense. Une autorité spécifique est alors habilitée à soustraire une personne à l’application de la règle.

L’exemple topique concerne les prohibitions au mariage. Les articles 161 à 163 du Code civil posent des règles impératives interdisant le mariage entre parents et alliés (ex: oncle et nièce, tante et neveu). Toutefois, l’article 164 dispose que « le Président de la République peut lever, pour des causes graves, les prohibitions portées […] entre l’oncle et la nièce, la tante et le neveu ». Le caractère impératif demeure, mais une dispense est possible.

B. Les règles supplétives de volonté

La règle supplétive est la catégorie la plus fréquente en droit des contrats. Elle est caractérisée par le fait que son application peut être écartée par une manifestation de volonté des personnes concernées. Elle ne s’applique que par défaut.

Ces règles viennent « suppléer » au silence des parties. Le législateur présume que si les individus n’ont rien prévu sur un point donné, c’est qu’ils s’en remettent au modèle standard proposé par la loi.

C. Les règles dispositives

Les règles dispositives sont souvent vues comme une sous-catégorie des règles supplétives. Elles n’imposent pas un choix unique par défaut, mais « mettent à la disposition » des sujets de droit un éventail d’options limitées. La volonté est libre, mais seulement à l’intérieur d’un « menu » défini par la loi.

L’exemple le plus clair est celui du choix du nom de l’enfant (article 311-21 du Code civil) :

 

II. La forme de la règle de droit

Indépendamment de sa force, la règle de droit est traditionnellement identifiée par trois caractères formels : elle est générale, abstraite et permanente.

A. Le caractère général et abstrait

Ces deux caractères, très liés, sont le fondement de l’égalité devant la loi et une garantie contre l’arbitraire.

Ce double caractère est aujourd’hui mis à mal par le phénomène de l’inflation législative. Le Conseil d’État dénonce régulièrement la multiplication de lois de circonstance, très détaillées, voire de « neutrons législatifs » (lois sans portée normative), qui affaiblissent l’abstraction et la généralité du droit.

B. Le caractère permanent

La permanence de la règle de droit signifie qu’elle a une vocation à la stabilité et une durée d’application indéterminée.

1. Le principe : la vigueur indéterminée

Une règle de droit naît lors de sa promulgation et de sa publication (entrée en vigueur) et s’applique de manière constante jusqu’à sa mort (l’abrogation). Elle n’a pas de date de péremption. Cette permanence est un gage de sécurité juridique.

2. L’extinction de la règle : l’abrogation

Le fait que la règle soit permanente ne signifie pas qu’elle est perpétuelle. Elle peut être abrogée, c’est-à-dire qu’une nouvelle règle de niveau égal ou supérieur y met fin.

En droit français, il n’existe pas de désuétude : une loi ne disparaît pas par son non-usage. Même si une loi n’a pas été appliquée depuis un siècle, elle reste en vigueur tant qu’elle n’a pas été abrogée et peut être réactivée à tout moment par un juge.

3. Les exceptions : la législation temporaire

Il arrive que des lois soient volontairement à durée déterminée :

Résumé :

Les caractères de la règle de droit expliqués

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