Tout savoir le droit du travail [cours fiché et résumé]

Cours magistral de droit du travail

Le droit du travail constitue une branche autonome et fondamentale du droit privé, bien qu’il soit irrigué par des considérations d’ordre public social. Il régit l’ensemble des relations juridiques qui se nouent entre un employeur et un salarié à l’occasion d’une prestation de travail subordonnée. Matière vivante et politique par excellence, le droit du travail a connu ces dernières années des bouleversements majeurs, notamment avec la loi El Khomri de 2016 et les ordonnances Macron du 22 septembre 2017, qui ont profondément modifié la hiérarchie des normes et le dialogue social. Ce cours a pour vocation de dresser un panorama exhaustif des règles applicables en la matière, en s’appuyant sur les textes en vigueur et la jurisprudence la plus récente.

 

I. Cadre général, histoire et sources du droit du travail

Avant d’analyser la relation contractuelle, il convient de comprendre l’environnement normatif dans lequel elle s’inscrit. Le droit du travail n’est pas une création ex nihilo ; il est le fruit d’une longue évolution historique et obéit à une hiérarchie des sources spécifique.

A. L’évolution historique : de la législation industrielle au droit social moderne

Le droit du travail est né de la Révolution industrielle et de la nécessité d’encadrer les abus du libéralisme économique du XIXe siècle. Initialement, le Code civil de 1804 ignorait la spécificité du travail salarié, le réduisant au « louage de services ». La construction de la matière s’est faite par étapes successives : loi de 1841 sur le travail des enfants, légalisation des syndicats en 1884 (loi Waldeck-Rousseau), création de l’inspection du travail, congés payés de 1936, jusqu’à la création du Code du travail en 1910. Cette évolution marque le passage d’une égalité théorique civile à une inégalité de fait qu’il faut compenser par des règles protectrices. Aujourd’hui, la tendance s’inverse partiellement avec la recherche d’une flexisécurité, visant à sécuriser les parcours professionnels tout en offrant plus de souplesse aux entreprises.

Pour en savoir plus, consultez la fiche de cours détaillée sur l’histoire et la genèse du droit du travail.

B. Définition et champ d’application

Le droit du travail se définit par son objet : la régulation des rapports de travail subordonné. Il exclut donc de son champ le travail indépendant (artisans, libéraux, auto-entrepreneurs) et le travail des fonctionnaires (soumis au statut général de la fonction publique). Toutefois, les frontières sont parfois poreuses. La jurisprudence récente, notamment l’arrêt Uber de la Cour de cassation (2020), a rappelé que la qualification de salarié est d’ordre public : elle ne dépend pas de la volonté des parties mais des conditions réelles d’exercice de l’activité. Le droit du travail englobe non seulement les relations individuelles (le contrat) mais aussi les relations collectives (négociation, représentation du personnel, conflits collectifs).

Pour aller plus loin, voici une fiche complète sur la définition et les frontières du droit du travail.

C. Les sources internationales et européennes

Le droit interne est fortement contraint par les normes supranationales. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) élabore des conventions fondamentales qui s’imposent à la France après ratification. Au niveau régional, le droit de l’Union européenne joue un rôle prépondérant, notamment via les directives (sur le temps de travail, les détachements, l’égalité homme-femme) qui doivent être transposées en droit interne. La Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) veille à cette application et n’hésite pas à condamner les États, influençant directement la jurisprudence nationale (exemple récent sur le calcul des congés payés en arrêt maladie).

Pour approfondir, consultez la fiche sur les normes de l’Organisation Internationale du Travail.

Pour comprendre l’impact de l’UE, lisez la fiche sur le droit européen du travail.

D. Les sources nationales : la refonte de la hiérarchie des normes

Au niveau national, la loi et le règlement coexistent avec les sources professionnelles (conventions collectives, accords d’entreprise). Traditionnellement régi par le « principe de faveur » (la norme inférieure peut déroger à la norme supérieure uniquement si elle est plus favorable au salarié), ce système a été bouleversé par les ordonnances de 2017. Désormais, l’accord d’entreprise prime sur l’accord de branche dans de nombreux domaines (durée du travail, congés), sauf pour certains « blocs » de compétences réservés à la branche (minima salariaux, classifications, mutualisation des fonds, égalité professionnelle). Les usages et engagements unilatéraux de l’employeur constituent également une source de droit, créant des obligations tant qu’ils n’ont pas été régulièrement dénoncés.

Pour tout savoir sur la loi et la jurisprudence, consultez la fiche sur les sources étatiques.

Pour explorer les sources informelles, voici une fiche sur les usages et engagements unilatéraux.

 

II. La formation et le contenu du contrat de travail

Le contrat de travail est la pierre angulaire des relations sociales. Sa formation obéit au droit commun des contrats, mais son contenu est strictement encadré par l’ordre public social.

A. Le recrutement et l’embauche

La phase précontractuelle est dominée par le principe de non-discrimination (article L.1132-1 du Code du travail). L’employeur ne peut écarter un candidat en raison de son sexe, âge, origine, opinions, état de santé, etc. Les méthodes de recrutement doivent être pertinentes au regard du poste (interdiction des questions sur la vie privée, sauf lien direct avec l’emploi). Lors de l’embauche, des formalités administratives s’imposent, notamment la Déclaration Préalable à l’Embauche (DPAE) auprès de l’URSSAF et l’inscription au registre unique du personnel.

Pour maîtriser cette étape, consultez la fiche détaillée sur le cadre juridique du recrutement.

B. Les critères de qualification du contrat

La jurisprudence constante (Arrêt Société Générale, 1996) définit le contrat de travail par la réunion de trois critères cumulatifs : une prestation de travail, une rémunération, et un lien de subordination juridique. Ce dernier est caractérisé par l’exécution d’un travail sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné. L’existence de ce lien ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties ni de la dénomination qu’elles ont donnée à leur convention.

Pour approfondir la notion de subordination, lisez la fiche sur les critères du contrat de travail.

C. La période d’essai

La période d’essai permet à l’employeur d’évaluer les compétences du salarié et à ce dernier d’apprécier si les fonctions lui conviennent. Elle ne se présume pas : elle doit être fixée expressément dans le contrat ou la lettre d’engagement. Sa durée maximale est fixée par la loi (2 mois pour ouvriers/employés, 3 mois pour agents de maîtrise, 4 mois pour cadres, en CDI), renouvelable une fois si un accord de branche étendu le prévoit et si la clause de renouvellement est dans le contrat. La rupture pendant cette période est libre, sous réserve du respect d’un délai de prévenance, mais ne doit pas être abusive.

Pour tout savoir sur sa durée et sa rupture, consultez la fiche sur la période d’essai.

D. Les clauses spécifiques du contrat

Outre les clauses essentielles (fonction, salaire), le contrat peut contenir des clauses facultatives adaptées aux besoins de l’entreprise. La clause de non-concurrence interdit au salarié, après la rupture, d’exercer une activité concurrente. Pour être valide, elle doit être limitée dans le temps et l’espace, indispensable à la protection des intérêts légitimes de l’entreprise, tenir compte des spécificités de l’emploi du salarié, et comporter obligatoirement une contrepartie financière. D’autres clauses existent comme la clause de mobilité (définissant une zone géographique de mutation précise) ou la clause d’exclusivité.

Pour un panorama global, voir la fiche sur les différentes clauses du contrat de travail.

Pour le régime spécifique de la concurrence, consultez la fiche sur la clause de non-concurrence.

Certaines clauses visent la performance, comme la clause d’objectifs. Si les objectifs ne sont pas atteints, cela ne constitue pas automatiquement une faute, sauf s’ils étaient réalistes et que l’échec résulte d’une insuffisance professionnelle ou d’une faute du salarié.

Pour comprendre les enjeux de performance, lisez la fiche sur la clause d’objectifs.

La clause de dédit-formation oblige le salarié à rembourser tout ou partie des frais de formation engagés par l’employeur s’il démissionne avant un certain délai. Elle est strictement encadrée pour ne pas entraver excessivement la liberté de démissionner.

Pour les détails sur le remboursement de formation, voir la fiche sur la clause de dédit-formation.

Enfin, la clause de garantie d’emploi assure au salarié le maintien de son contrat pendant une durée déterminée, interdisant à l’employeur de le licencier sauf faute grave.

Pour en savoir plus sur cette protection, consultez la fiche sur la clause de garantie d’emploi.

E. Le Contrat à Durée Déterminée (CDD)

Le Contrat à Durée Indéterminée (CDI) est la norme. Le CDD est une exception strictement encadrée. Il ne peut avoir pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise. Les cas de recours sont limitatifs (remplacement, accroissement temporaire d’activité, saisonnier, usage). Le formalisme est rigoureux : écrit obligatoire, transmission sous 2 jours ouvrables, mention précise du motif. Le non-respect de ces règles entraîne la requalification en CDI, avec versement d’une indemnité forfaitaire minimale d’un mois de salaire.

Pour maîtriser les règles du contrat précaire, consultez la fiche sur le CDD.

 

III. L’exécution et l’évolution de la relation de travail

Durant l’exécution du contrat, l’employeur exerce son pouvoir de direction, tandis que le salarié fournit sa prestation. Cet équilibre peut être perturbé par des aléas ou des volontés de changement.

A. Le règlement intérieur et le pouvoir disciplinaire

Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, l’établissement d’un règlement intérieur est obligatoire. Ce document fixe exclusivement les règles relatives à l’hygiène, à la sécurité et à la discipline, ainsi que le rappel des dispositions relatives aux harcèlements. Il ne peut contenir de clauses contraires aux lois ou discriminatoires. Il sert de fondement au pouvoir disciplinaire de l’employeur, qui peut sanctionner les fautes commises par le salarié (avertissement, mise à pied, rétrogradation, licenciement), sous contrôle du juge.

Pour comprendre ce document cadre, consultez la fiche sur le contenu du règlement intérieur.

B. La modification du contrat de travail

Le droit du travail opère une distinction fondamentale entre la modification du contrat de travail et le simple changement des conditions de travail. La modification touche un élément essentiel du contrat (rémunération, qualification, durée du travail, secteur géographique hors clause de mobilité) et nécessite l’accord express du salarié. Le refus de ce dernier ne constitue pas une faute mais peut entraîner un licenciement si le motif de la modification est légitime (économique notamment). À l’inverse, le changement des conditions de travail relève du pouvoir de direction de l’employeur ; le refus du salarié constitue ici une faute pouvant justifier une sanction.

Pour distinguer ce qui peut être imposé ou non, lisez la fiche sur la modification du contrat.

C. La suspension du contrat : maladie et accidents

La maladie ou l’accident du travail suspendent l’exécution du contrat de travail. Le salarié ne travaille pas et ne perçoit pas de salaire (sauf maintien par l’employeur ou IJSS), mais le contrat n’est pas rompu. Le licenciement est interdit en raison de l’état de santé (discrimination), sauf en cas de faute grave ou d’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la maladie. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, le salarié bénéficie d’une protection absolue contre le licenciement pendant la suspension, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat.

Pour connaître les droits durant l’arrêt, consultez la fiche sur la maladie et l’accident du travail.

 

IV. La rupture du contrat de travail

La rupture du CDI est l’un des contentieux les plus volumineux devant les Conseils de prud’hommes. Elle peut intervenir à l’initiative du salarié ou de l’employeur, ou d’un commun accord.

A. La démission

La démission est l’acte unilatéral par lequel le salarié met fin au contrat. Elle ne se présume pas et doit résulter d’une volonté claire et non équivoque. Si le salarié démissionne sous la contrainte ou en raison de manquements de l’employeur (non-paiement du salaire, harcèlement), il peut saisir le juge pour requalifier cette démission en « prise d’acte de la rupture », produisant les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. La démission n’ouvre pas droit à indemnité de rupture ni au chômage, sauf cas légitimes prévus par l’assurance chômage.

Pour les détails sur ce mode de rupture, consultez la fiche sur la démission.

B. Le licenciement pour motif personnel

Le licenciement doit toujours être fondé sur une cause réelle et sérieuse : les faits doivent être objectifs, vérifiables et suffisamment graves pour rendre impossible la poursuite du contrat. On distingue le motif disciplinaire (faute simple, grave ou lourde) du motif non-disciplinaire (insuffisance professionnelle, inaptitude physique constatée par le médecin du travail). La faute grave prive le salarié de l’indemnité de préavis et de licenciement. La procédure est stricte : convocation à entretien préalable, entretien (assistance possible du salarié), et notification par lettre recommandée motivée. Tout vice de procédure ou de fond peut donner lieu à indemnisation.

Pour maîtriser les justifications valables, lisez la fiche sur les causes du licenciement personnel.

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