Les métiers au Moyen-âge (organisation, salaire, rythmes de travail…)

Les métiers au Moyen-âge

  • Section 1 : Evolution des structures professionnelles
  • I) Autorités publiques et vie professionnelle
  • Section 2 : Le système d’organisation professionnelle
  • I) Les différents types de métiers
  • A) Les métiers libres
  • B) Métiers soumis à la règlementation
  • II) L’organisation collective du métier
  • III) Les catégories de travailleur
  • A) Les maîtres
  • B) Les compagnons

Section 1 : Évolution des structures professionnelles

 

Le repeuplement des villes s’accompagne de la multiplication des artisans. Les commerçants se réunissent dans le lieu « protégé » que constitue la ville et travaillent pour un nombre croissant de consommateurs de la localité, de la ville elle-même, voire même de contrées lointaines.

 

L’organisation du travail dans les villes se présente sous forme de petites unités de production de dimension familiale. On peut dire que ces structures vont se maintenir pendant plusieurs siècles.

 

* Origine des Corps de métier : certains auteurs font remonter les origines aux collèges d’artisans de l’empire romain. Cependant l’activité humaine s’est tellement réduite au cours du haut moyen âge qu’il est difficile de croire à une continuité.

 

De plus les premières formes de groupement apparaissent dans le nord et non pas dans le midi pourtant plus profondément romanisé. L’action des pouvoirs publics et notamment des autorités municipales a parfois été prépondérante.

 

– Autre élément : la solidarité spontanée entre professionnels d’un même métier qui ont les mêmes intérêts. A l’origine dans le nord il existe de simples associations, les ghildes associations de défense qui vont ensuite évoluer vers la forme d’un véritable groupement professionnel. Parfois l’origine est une confrérie religieuse et charitable.

Dans le midi plus individualiste beaucoup de métiers vont rester dépourvus d’associations communautaires mais par la suite entre le 13ème et 17ème s l’évolution va se faire dans le sens de la structuration.

 

I) Autorités publiques et vie professionnelle

 

L’action de ces autorités s’est manifestée rapidement dans le but de contrôler le niveau des prix, la qualité du travail. Le but étant de protéger les consommateurs et d’assurer le bien commun.

 

En même temps les autorités publiques vont intervenir pour reconnaitre l’existence d’un corps de métier qui ne peut s’organiser sans leur accord. La hanse des marchands de l’eau reçoit le monopole de transport sur la Seine.

 

Ces autorités publiques peuvent également autoriser les corps de métier ou bien elles peuvent prendre elles-mêmes les initiatives de fixer un métier. Ex : St Louis qui fait rédiger en 1260 par le prévôt de Paris (Etienne Boileau) un corps complet des statuts des métiers parisiens.

 

A la fin du 13ème, l’autorité royale s’affirme dans domaines économiques, au début du 14ème s, le roi va se réserver le droit de créer de nouveaux corps de métier. Les juges royaux deviennent le juge ordinaire des litiges concernant les activités professionnelles. Les corps de métier sont intégrés dans l’administration du royaume.

 

Section 2 : Le système d’organisation professionnelle

I) Les différents types de métiers

 

A) Les métiers libres

– Dans les métiers inorganisés, les travailleurs exercent la profession qui veulent, il n’y a pas de lien juridique entre ceux qui exercent la profession. Les travailleurs sont uniquement tenus de respecter les principes généraux du roi ainsi que la coutume de la ville.

 

Ces professions libres deviennent rares dans la moitié nord de la France dès le XIIIème siècle. Malgré tout, demeure en général métier libre le commerce en gros et la banque en raison du caractère international des activités en question et de la liberté nécessaire.

Sont libres toute une série de petits métiers qui échappent à toute règlementation en raison de leur médiocrité.

B) Métiers soumis à la règlementation

Les personnes qui exercent la profession sont soumises à des règlements ou à des statuts qui leur sont propres. Malgré tout l’accès à la profession reste libre et celui qui veut l’exercer est simplement tenu de respecter les statuts. Ce système se répand dans les villes du midi, au 15ème on voit la multiplication des règles professionnelles.

 

La jurande ou métier juré possède le monopole d’exercice de la profession, personne ne peut exercer la profession sans être accepté dans la jurande. Le nouveau maître prête serment de respecter les statuts et d’obéir aux « chefs du métier ».

 

Le nombre des membres du métier est fixé par les statuts et c’est uniquement quand se produit une vacance qu’un nouveau membre peut demander son admission. Ce type de métier est habituel à Paris dès la fin du 13ème et dans de nombreuses villes du nord. Il va ensuite se répandre dans les villes du midi.

II) L’organisation collective du métier

– Le métier possède une caisse commune alimentée par des droits d’entrée et par des cotisations, il possède également un sceau.

 

Les membres du métier se réunissent en assemblée et règlent les affaires en interne. Chaque métier est organisé par un certain nombre de maîtres 2, 4 ou 6. Ils sont nommés par les autres maîtres parmi ou bien par l’autorité publique. Ils sont en général en fonction pour 1 an. Ils représentent leur métier et représente leurs intérêts. Ils assurent une fonction de police économique.

 

Résultat : ils ont un pouvoir de contrôle et de coercition. Ex : ils vérifient si le travail est réalisé selon les normes imposées par les statuts et pour cela ils ont un pouvoir de perquisition, d’infliger des amendes, de saisir les marchandises fabriquées irrégulièrement.

 

Ce sont eux qui fixent les conditions d’apprentissage, très souvent à une profession correspond une confrérie qui regroupe les membres du métier en vue d’exercice de piété et en vue d’activités d’entraide. Chaque confrérie et chaque métier est voué à un saint patron.

 

III) Les catégories de travailleur

 

A) Les maîtres

C’est celui qui tient atelier en étant établi à son compte et donc il travaille chez lui sur commande d’un client ou d’un maître d’une autre profession. Chaque maître travaille de ses mains et avec l’aide d’un ou plusieurs compagnons et apprentis selon les limites fixées par les statuts.

 

Pour devenir maître, il y a différentes conditions. Il faut notamment subir un examen professionnel qui garantit la compétence, le chef d’œuvre. Le thème et les traditions de réalisation sont fixés par les chefs du métier. Il faut payer des taxes d’entrée et offrir un banquet à la communauté.

 

Dès la fin du moyen âge tendance à la fermeture de la maîtrise aux nouveaux venus à partir d’obligations de plus en plus sélectives. Seuls les maîtres jouent un rôle actif dans la vie de la profession.

 

 

B) Les compagnons

Le contrat doit respecter les statuts du métier. Lorsqu’ils sont célibataires ils sont logés chez le maître et mangent à sa table. Ces compagnons peuvent s’établir comme maîtres lorsqu’ils disposent des capitaux et qu’ils réalisent le chef d’œuvre.

 

L’apprentissage est obligatoire et très minutieusement règlementé. Le contrat est conclu entre les parents et le maître. Il débute vers 10-12 ans et ce sont les parents qui paient le maître. Celui-ci doit loger, nourrir, habiller l’apprenti et lui apprendre le métier.

 

L’apprentissage peut être long ou moins long. Une fois celui-ci terminé celui qui ne peut s’établir maître devient compagnon et inversement celui qui peut espérer devenir maître entreprend la confession du chef d’œuvre après un délai imposé par les statuts pour lui permettre de parfaire sa technique.

 

 

II ) Les métiers dans la société médiévale

  • I) Les conditions de vie
  • A) Rythmes de travail
  • B) Salaire et niveau de vie
  • II) Les métiers et les structures de la société
  • A) Finalités du travail

I) Les conditions de vie

 

A) Rythmes de travail

Ils dépendent à la fois du rythme naturel des saisons et des temps religieux. La journée commence « au point du jour » et s’arrête selon les saisons à la fin du jour. La journée varie de 6 à 7 h en hiver à 13-14h en été.

 

Le volume de la production connait des variations saisonnières importantes. Le travail de nuit est interdit pour raisons de sécurité et car on considère que le travail serait mal fait. Le dimanche est un jour chômé depuis le bas-empire.

 

De plus l’Eglise recommande de commencer ce repos dès le samedi et ce pour que les hommes puissent élever leur âme vers Dieu.

En plus du dimanche et de samedi après-midi les fêtes religieuses chômées sont nombreuses, au total 80 à 90 jours de repos complet plus 50 à 60 jours partiellement chômés.

B) Salaire et niveau de vie

Le maître est rétribué par son bénéfice mais sa marge de liberté est restreinte par les statuts et la concurrence.

En pratique seuls les marchands en gros et les banquiers peuvent réaliser de forts bénéfices. En général on ne peut réaliser rapidement de gros bénéfices. Une ascension sociale par l’argent suppose l’effort de plusieurs générations.

 

A l’intérieur d’une même association le niveau de fortune varie assez peu. Il existe quand même une hiérarchie implicite entre professions selon les profits habituels.

Les professions les plus appréciées sont les changeurs, les marchands drapiers, les bouchers

 

A l’inverse les tanneurs, les foulons sont insalubres.

 

Pour les salaires, la hausse du cout de la vie est plus forte que celle des salaires à partir de la fin du13ème début 14ème. Un compagnon maçon à Paris, salaire journalier est de 3 sols et 7 deniers en 1440 soit une paire de chaussure 6 sols, un chapon entre 7 et 8 sols. Situation des compagnons assez précaire mais plus favorable que les simples manœuvres.

II) Les métiers et les structures de la société

Pour l’alimentation par exemple : boulanger, pâtissier, meunier, marchand de grains, boucher, charcutier…

 

A) Finalités du travail

Le principe est l’égalité des chances pour tous. Toute règlementation destinée à empêcher que les plus adroits ne prospèrent de manière exagérée au détriment des autres. Les dimensions de chaque entreprise sont limitées.

 

La concentration n’est pas possible, le maître doit travailler en personne dans son atelier et n’a pas le droit d’en posséder plusieurs. Personne ne peut être maître dans plusieurs professions.

 

Le nombre des compagnons et apprentis fixé par les statuts. Les conditions de publicité sont strictement règlementées. Il est interdit de racoler, d’essayer de faire entrer le client dans le magasin.

 

Dans beaucoup de villes, les matières premières doivent être achetées en commun au marché public. Les statuts précisent les opérations techniques à réaliser ce qui gêne tout effort d’innovation.

L’idéal est orienté vers la paix sociale, stabilité économique, « le travail loyal ».

 

Le travail est un état c’est-à-dire moyen de vivre normalement avec sa famille et de gagner le ciel plutôt qu’un moyen de s’enrichir.

 

En effet la dureté du travail est une conséquence du péché originel. « A la sueur de ton front tu gagneras ton pain », l’argent et le progrès économique compte moins que l’homme et son salut éternel. L’Eglise interdit le prêt d’argent.

 

La mentalité économique est soucieuse de modération plutôt que de croissance. De plus, le travail bien fait par rapport à la conscience professionnelle et à l’habileté de l’artisan. On a donc une économie plus de subsistance que de progrès, plutôt qualité de productivité.

 

Cette mentalité correspond à plusieurs impératifs tirés de la religion catholique soucieuse de lutter contre l’esprit de lucre et du respect de l’intérêt de l’acheteur mais aussi du producteur qui recherche l’égalité plutôt que la concurrence. Il y a une tendance des pouvoirs publics à règlementer au nom de l’intérêt général…

 

Dans les régions dynamiques on voit apparaitre des formes d’entreprises précapitalistes.

Ex : Les marchands drapiers : ils créent des ateliers dans les villages à la campagne, fournissent matière première, paysans tissent, rachat marchandise et échappent aux règles des corporations.

La production est libre, ils concurrencent très fortement produits fabriqués en ville. En Italie ils réussissent à établir leur contrôle sur les différents corps de métier intervenant dans ce secteur. Progrès d’innovation, etc. se réaliseront dans ce secteur-là.

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